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jeudi 16 mars 2017

Berthe

Je participe au festival de création numérique, vous le savez. J'ai posté quelques textes sur le "kilomètre carré". Des textes que j'avais "en stock", des que j'ai écrit pour...
Des textes de fiction, ou sur la réalité de mon/mes kilomètres carré.
Mais depuis le début de cette aventure je sais que l'occasion est celle qui me permettra de me tourner vers le passé, l'histoire d'ici. De ce qui nous relie à ce lopin de terre.
Celle qui nous relie... La famille, et Berthe.
Parce que c'est d'elle que m'a parlé mon père.
Parce qu'elle a été extraordinaire dans son époque.
Nous habitons la maison de Berthe. Transmise par mon père, pour une partie, rachetée à un vieux et lointain cousin pour l'autre.
Dans mon enfance, la Hirlière était la maison de vacances. Les étés à courir dans les chemins, les chemins parcourus en vélos, les adultes vaguement là, dans le cadre...
La première fois que Gilles est venu à la Hirlière, il s'est retrouvé à dormir chez les voisins, à coté de l'étable. Nous n'étions pas encore mariés et ma grand mère, Marie Thérèse, qui régnait encore sur le lieu n'aurait pas toléré (tolérance était un très gros mot pour elle) que nous partagions les draps humides caractéristiques du lieu à l'époque...
Nous avons réellement investit les lieux, y posant nos bagages, quelques années plus tard, et j'ai commencé à écouter les histoires relatives à la maison. Que mon père rapportait.
Nous habitons la maison de Berthe. Mon arrière grand mère.
Mon grand père Gaston y a vécu, quelques années, pendant la première guerre, mon père Albert pendant la seconde... L'un et l'autre avec Berthe.
Berthe fût une jeune fille de caractère, perturbée m'a affirmé un vieux garçon, cousin lointain, qui l'a connue, perturbante pour son époque dirais je...
Elle était l'une des filles du maire (de 1888 à 1904), Auguste Augis. Et elle était douée. Elle est allée à l'école, jusqu'au certificat d'étude et au delà. En classe d'économie sociale et familiale. Elle faisait surement la fierté de son père, qui n'avait pas de fils. Jusqu'au jour où elle s’opposa à lui.
Ou lui a elle. Le jeune homme qui lui plaisait ne plut pas au père.
Il n'avait pas de bien? Il n'était pas du coin? Il n'était pas paysan? Auguste refusa sa fille, et sa ferme, à celui qu'elle avait choisi.
Alors Berthe est partie.
Elle est allée se louer (quelle expression terrible!) comme domestique dans une "grande" maison.
A 25 ans elle était cuisinière dans une demeure de maître à Chantilly. Elle dirigeait la cuisine, préparait des diners de galas pour des gens de la haute.
Elle avait un statut. Mais pas de mari. L'amoureux avait disparu.
Pas de mari. A 25 ans.
Alors elle accepta la proposition du cocher, responsable de la meute, sonneur de cor, un Auguste, lui aussi. Elle l'épousa et le suivit chez lui au nord. En Belgique où il avait des terres noires et riches.
Elle y eu des enfants, 4, dont des jumeaux, dont seul un survécu aux premiers mois si délicats... Gaston.
D'autres enfants auraient pu agrandir la fratrie...
Si les temps n'avaient pas été si agités. L'Europe était à feu et à sang... La Belgique qui se voulait neutre n'avait pu échapper à la première guerre mondiale. Et la ferme d'Auguste se trouva "calée" entre les deux lignes de tranchées.
Imaginez...
Auguste y trouva vite son compte: il pouvait, et ne se gênait pas, vendre ses patates aux deux camps.
Berthe ne le supporta pas.
Un jour, elle passa le checkpoint, tenant son fils par la main, son panier plein de légumes laissant entendre qu'elle avait juste fait quelques emplettes.
Et elle rentra en Loir et Cher. A la Hirlière.
D'Auguste père je n'ai plus entendu parler. La vie l'avait maté, peut être. A moins que ce soit la mort qui l'ai effacé. Je n'ai eu d'écho, par une très vieille cousine décédée depuis, que de sa maman, malade. Une maladie de femme, un mal dans le sein.
Berthe est donc restée auprès de sa mère avec son fils. Jusqu'à ce que la guerre cesse.
La guerre terminée Auguste, l'autre, le belge, le mari, lui demanda de rentrer.
Mais Berthe resta à la Hirlière. Lui envoya t-elle un courrier pour lui dire son refus, fit-elle la sourde oreille? Elle ne regagna pas le foyer marital.
Gaston, lui, rentra dans le Nord. Un jour son père vint le chercher à l'école et le ramena chez lui. Sans plus l'explication. Rayant Berthe de l'équation par sa seule volonté.
Gaston l'a crue morte jusqu'à l'adolescence.
A 14 ans il voulu savoir. Il écrivit au maire du village pour avoir les précisions que son père lui refusait. La réponse du maire eu l'effet d'une bombe. Berthe était bien vivante et serait très heureuse de revoir son fils. L'Auguste fût furieux mais l'Auguste laissa Gaston rendre visite à sa mère.
Gaston renoua donc avec sa mère. Il passait toutes ses vacances auprès d'elle.
C'était, lui aussi, un jeune homme doué. Un artiste, qui jouait du violon, peignait, était dessinateur de métier, dans une usine qui fabriquait des locomotives, des trains.
C'était un bien bel homme mais il était le fils de Berthe, celle qui était partie. Celle qui n'était pas revenue. Celle qui avait dit non.
Gaston épousa Marie Thérèse, une "bonne" chrétienne qui eu la "générosité" de le prendre malgré ce handicap. Marie Thérèse qui trouva refuge, son nourrisson Albert dans les bras, auprès de Berthe lors de la débâcle, son mari étant prisonnier en Allemagne.
La cohabitation ne dut pas être simple car à peine Gaston rentré de captivité (il s'était rendu malade) ils déménagèrent à Vendôme. Ne rentrant dans le Nord qu'à la fin de la guerre...
Ils sont rentrés dans le Nord et Berthe s'est retrouvée seule. Seule et sauvage.
C'est avec le fusil qu'elle a accueilli l'électricien que lui avait envoyé Gaston pour lui apporter un peu de modernité, c'est au puits, avec les seaux portés à l'épaule qu'elle continuait d'aller chercher de l'eau. Et elle refusait de faire paitre ses chèvres ailleurs que dans ses prés. Même si, avec le remembrement, ils n'étaient plus les siens...
Berthe, la femme seule, la femme bizarre, la folle.
Elle est restée dans le souvenir de mon père comme une grand mère un peu excentrique, ça devait lui changer de sa mère...
Berthe est morte un jour. Bien sur. D'une maladie qu'elle avait attrapé avec ses chèvres. Tous les efforts de son fils pour lui apporter le confort et l’hygiène ont été vain...
Oui, nous habitons la maison de Berthe. Nous y sommes arrivés avec notre ainé âgé de quelques mois, nous avons retapé, rénové la maison, nous y avons eu 4 autres enfants... Nous y sommes depuis 27 ans.
Gaston en aurait été ravi. Albert l'était et ils veillent sur nous, un peu... Tant que l'on se souvient d'eux, tant que l'on raconte... La chance d'habiter la maison de Berthe.

dimanche 22 mai 2016

Dompté!

Et voilà le tableau de Lavieko et l'histoire qui va avec:
Tableau d'Emile Friant
-Mais si je t'assure!!! Je l'ai vu!
Là bas! Dans le bois de Gérard! Mais il était trop loin pour que je fasse quelques chose...
-Dans le bois? Tu en étais à combien de bières?
-M'enfin? Pourquoi tu dis ça? Pourquoi tu ne me crois pas? Je suis prêt à te raccompagner, à te protéger! Et tu te moques? Une jolie fille comme toi? C'est pas chic! Je l'ai vraiment vu! Et au bout de trois jours comme ça il doit avoir faim!
-Quel beau parleur tu fais!!! Tu crois vraiment ce que tu dis?
-Mais je t'assure, je l'ai vu! T'as qu'à demander au Dédé, il était avec moi!
-Mais d'où tu sors cette histoire? Tu as de l'imagination!!! Tout ça parce qu'un cirque c'est installé en ville...
- Mais pourquoi? Pourquoi tu m'crois pas? Je l'ai vu le lion! Il parait qu'il s'est échappé en début de semaine...
-Ah, mon bonhomme... Je ne sais pas qui t'a raconté ça! Et je ne sais pas ce que tu as vu! Mais ce n'est pas le lion du cirque!
-M'enfin, je l'ai vu je te dis! Et je te propose de te protéger, le long du chemin pour que tu puisse rentrer chez toi sans risque.
-Mmmm...
-T'habites où d'ailleurs? T'es nouvelle dans le coin?
- Je n'ai pas besoin de toi, le lion est bien sagement dans sa remorque... A coté de ma caravane, le long du chapiteau. Et il a mangé. Comme chaque jour. Je le soigne bien, c'est mon gagne pain et c'est mon "bébé". Je l'élève depuis qu'il a 3 jours...
-Heu... T'es quoi? La femme du dompteur? Sa fille?
-Et toi t'es le mari de la conteuse d'histoire? Son fils?

lundi 16 mai 2016

La clef du coeur.

Cette semaine je me suis amusée à mélanger la consigne de l'atelier d'écriture Kaleïdoscope (Vous avez hérité de la part d'un  lointain cousin d'une clé ! Celle d'un coffre, accompagnée de ce mot " Dans les cas hasardeux, il faut brusquer la chance..." Vous bâtissez des rêves fous. Mais qu'allez-vous vraiment trouver à l'intérieur ?) et le tableau de Lavieko et cela donne:

"Dans les cas hasardeux, il faut brusquer la chance..."
Comme c'est étrange. Pourquoi est-ce que Louis considérait qu'elle devait brusquer la chance?
L'enveloppe qui porte cette inscription lui est adressée, il n'y a pas d’ambiguïté. Pourtant jamais Agathe ne s'en est remise au hasard, à la chance. Elle a toujours tout calculé, pour réussir. Depuis son entrée à l'école, pour faire plaisir à sa mère, attirer l'attention de son père, ils l'avaient conçue distraitement, l'élevaient de même, forts occupés d'eux-mêmes. Puis tout au long de ses études, qu'elle programma pour se distinguer, pour sortir du lot.
Et là, quelques jours après avoir vu son cercueil disparaitre pour la crémation elle n'a pas l'impression d'en avoir, de la chance...
Louis aussi, elle l'avait évalué, calculé, elle avait estimé, pesé son "potentiel" avant de l'épouser. Un mariage comme un montage financier, avec des avoirs, des déficits... Un contrat qui leur apportait satisfaction à tous les deux. Encore que...
Elle s'en rend compte maintenant, maintenant qu'il n'est plus, il a plus apporté, plus donné qu'elle dans cette association. Il semblait satisfait, serein, de leurs arrangements, tout comme elle. Il rencontrait ses amants discrètement, ailleurs, elle l’exhibait à son bras lors des mondanités nombreuses qui lui permettait de maintenir son rang. Elle appréciait sa présence.
Puis il est tombé malade...
Quand elle s'en est rendu compte...
Les larmes lui montent aux yeux... C'est par sa voisine qu'elle l'a appris, quand elle l'a interrogée, pleine de compassion, dans l'ascenseur... Il lui a expliqué qu'il avait sans doute été contaminé lors de rapports non protégés il y a longtemps, quand il était plus jeune. Il lui a proposé le divorce pour lui épargner "ça". Mais, non, elle ne voulait pas s'épargner ça, elle ne voulait pas qu'il disparaisse de sa vie.
Le Sida lui a ouvert les yeux sur l'amour qu'elle lui portait. Un curieux amour, platonique. Une amitié indéfectible.
Et voilà qu'elle se retrouve avec cette enveloppe étrange dans les mains. Lourde, l'enveloppe. Elle l'ouvre émue.
L'enveloppe contient une clef. Et une lettre.
"Agathe, mon amour, Tu le sais ma nature me portait à désirer ceux de mon sexe mais c'est toi qui fût l'amour de me vie. Ta carapace brillante s'est lézardée ces dernières semaines que tu as passées à mon chevet, je l'ai vu. Ton cœur n'est pas loin... Il a besoin, je crois, d'un peu d'aide pour te donner accès au bonheur. D'où la clef, la clef des champs, la chef des songes..."
"Dans les cas hasardeux, il faut brusquer la chance..."
Une clef sans serrure... Agathe ignore ce que Louis voulait qu'elle ouvre...
Et elle souffre de son absence. Vers qui se tourner?
Il lui a écrit "la clef des champs", serait-ce celle d'une maison à la campagne? Elle qui vit au sommet d'un immeuble moderne, sans verdure... Une maison douce, jaune, perdue au milieu d'arbres vénérables? Une maison posée au bord de l'eau, comme un rêve de lac magique. Une maison à remplir d'amis. D'amis qu'elle n'a pas. Que des relations...
 Tableau de William Chadwick
La clef des songes... Mais de quoi rêve t-elle en réalité? Arrivée au sommet, elle a tout, elle n'a rien. Elle n'a rien qu'elle souhaiterait emporter avec elle dans la maison jaune. Louis parti elle n'a n'a plus rien, ni personne.
Elle reste, la clef lourde dans la main, immobile l'esprit en roue libre. La clef... Il faut qu'elle trouve ce qu'elle ouvre. Il faut qu'elle trouve celui, ou celle qui connait la serrure.
"Dans les cas hasardeux, il faut brusquer la chance..."
Louis l'aimait, il la pensait capable de trouver le bonheur. C'est autour de Louis qu'elle le trouvera, surement... Ses amis, ses amants? Et faut qu'elle interroge celles, ceux qui venaient le voir le soir quand il ne pouvait se lever. Lola, grande folle, Gaspard, le fort des halles, Jeanne, la fleuriste, Robert, le bistrotier... Eux c'est sûr sauront quelle serrure ouvre la clef. Agathe aujourd'hui se sent prête à se remettre à la chance, à la brusquer même...

lundi 9 mai 2016

Au café de Paris.

C'est Lakevio qui propose un tableau pour une histoire... Et ce dimanche voici le tableau de Daniel Gerhartz:
 
Pause... 
Je le vois son esprit s'est évadé, elle rêve. 
Elle rêve... 
Un rêve sans sujet. Juste un moment de liberté. 
Elle a même abandonné un moment le livre d'art qu'elle étudie. Peut être est-elle partie du tableau qu'elle regardait vers un ailleurs différent. 
Pas que son monde soit détestable, non... Mais il n'est sans doute pas celui qu'elle imaginait. 
Le temps file si vite... C'est à peine si elle m'a remarqué. 
Je sais qu'elle court toute la journée. Je la vois venir tôt le matin, boire un café, déjà fatiguée. Elle fait le ménage dans deux ou trois magasins avant l'ouverture. Puis elle repasse, ses livres sous le bras, se rendant à ses cours. Je la vois cavaler souvent, dès les cours terminés pour se rendre dans les ateliers... Elle pose parfois pour les artistes. Souvent. 
"Ça n'a l'air de rien mais c'est fatiguant aussi" m'a t-elle dit un soir dans un soupir. 
Elle ne semble pas malheureuse, juste épuisée parfois. Fatiguée souvent. Seule la plupart du temps. Elle relève les yeux, me sourit. Je me précipite pour lui demander ce qu'elle souhaite: 
"Un autre chocolat, peut être?" 
Elle me répond: 
"Non rien... Vous sembliez perdu dans vos pensées et l'espace d'un instant j'ai eu l'impression qu'elles se rejoignaient. Nos pensées..."
Je souris, un peu bête... 
J'ai toujours été un peu bête avec les jolies filles. Je ne sais comment répondre... 
Comment oser penser quand elle est là, posée comme une reine avec sa tasse, qu'elle n'y est pas seulement pour le confort et la chaleur du café. Je ne peux imaginer qu'elle, si élégante dans son Jeans déchiré, ait remarqué ma banale petite personne. 
Elle est si belle... Oserai je? Lui demander... De partager un moment? 
Je ne sais même pas son prénom. Elle ne connait pas le mien mais elle met tant de douceur quand elle m’appelle "Garçon! L'addition, s'il vous plait"...

Soupir...
Que je suis bien... 
Ne penser à rien. Abandonner un instant la course.
Je regarde sans le voir, puis en le remarquant petit à petit, le garçon qui évolue gracieusement entre les tables. Pas qu'il soit beau, non... Classe serait plutôt le mot. Il pourrait lui aussi servir de modèle aux peintres qui m'emploient parfois. Mais je pense qu'il n'oserait pas... Il se tient déjà courbé, un peu... Comme si sa haute taille le gênait. A moins que ce soit sa tâche, au service, qui lui dicte sa posture.
Il le prend très au sérieux, son travail. C'est le seul que je connaisse (il est vrai que je ne dépense pas mes sous ailleurs qu'ici) qui soit aussi attentif à ses clients. Il est toujours souriant, à croire qu'il n'est jamais fatigué, jamais agacé. Son métier il l'a surement choisi... Il ne le fait pas par défaut.
Il connait bien sa clientèle, la mamie au chien, le notaire cravaté, les amoureux de passage, le balayeur habitué, la mère et la fille, le clodo discret. Il accueille les gens comme s'ils étaient ses invités. Toujours.
Nous avons parfois échangé deux mots mais sa discrétion est telle que ces conversations n'ont jamais duré. Je ne connais même pas son prénom, il ne connais pas le mien.
Tiens, il a du sentir mon regard sur lui, il se précipite, sourire aux lèvres.
Troublant. Fait-il cet effet à toutes ses clientes?
Va t-il cette fois sortir de sa réserve? Me proposer... Je crois que j'aimerai avoir un moment pour moi, moi seule, cette attention, ce regard, cet...
Soupir...

lundi 25 avril 2016

Pleine.

C'est Lakevio qui propose un tableau pour une histoire... Et ce dimanche c'est le tableau de Naomi Tydeman
  Naomi Tydeman
Miroir solaire... 
Les orteils enfoncés dans le sable, assise sur la dune mon cœur se dilate.
La lune plane en silence cette nuit.
Au dessus de la plage, au dessus de l'eau.
Au dessus des villes qui palpitent encore et au dessus de celles qui ont été rasées.
La lune dévoile l'autre face des jardins, celle encore plus sombre des parkings, des cours d'usines.
Elle caresse la joue du vieil insomniaque sorti sur son seuil, la tête si douce du nouveau né allaité par sa mère émerveillée.
La lune comme une ponctuation, une pause. Un silence dans la partition jouée chaque jour.
Elle passe indifférente, provoquant l'émotion, au dessus des champs de bataille, au dessus des ruines. Elle donne une illusion d'espoir au sinistrés, aux réfugiés.
La lune traverse la ciel se laissant admirer par ceux qui s'accrochent, par ceux qui luttent.
Elle voyage au dessus des amants enlacés, des enfants rêvant, des travailleurs au repos, des petits et des grands, des riches et des pauvres avec la même constance. 
Elle est là pour ceux qui ouvrent les yeux. 
Elle l'est pour l'ado qui lâche sa console, enfin, et la prend en plein cœur. 
Elle l'est pour l'automobiliste qui quitte la route des yeux pour sa lumière froide. 
Elle l'est pour le fuyard gelé qui s'accorde une pause le long du fossé. 
Elle se donne à travers les baies vitrées comme à travers les barreaux, à travers les branches, à travers les nuages...
Elle est là pour toi, elle est là pour moi. Et n'est là pour personne.
Elle est celle qui invite au silence... A l'écoute. Celle du monde, celle du cœur.
La lune... La lune est un miroir...
Qui remet l'homme à sa place.

lundi 18 avril 2016

Bonheur silencieux.

C'est Lakevio qui propose un tableau pour une histoire... Et ce dimanche le tableau de Pauline Palmer m'a donné envie de continuer l'histoire commencée il y a deux semaines avec le tableau de Hopper:
Rassemblement de famille de  Pauline Palmer

Ah, ma princesse! Quelle belle journée! 
Installée à l'ombre en cette belle journée d'été tu souris et je sais que tu es heureuse.
De cette vie sans mots j'ai appris le langage du corps, celui des yeux.
J'avoue que les premiers temps j'ai cru qu'il était possible de te rendre la parole mais la gouvernante qui t'a confiée à moi en même temps qu'elle me vendait la maison me l'avait dit, jamais tu n'avais prononcé un mot. Et jamais tu n'en prononças depuis.
Mais lentement, à cette époque et avec l'aide de la femme engagée pour tenir la maison, j'ai pu t'approcher. Et les mots que tu n'avais pas je te les ai donné. 
M'asseyant à tes cotés pour "discuter" de la rénovation de la maison. Réflexion de la toiture, remise en état des volets, du porche. Et c'est le jour où je pérorais sur la couleur des peintures extérieures que tu m'as donné ce que j'attendais: un regard vif et une réaction.
Tu es entrée dans la maison pour revenir quelques minutes plus tard avec ton bloc et tes pastels. Tu as dessiné et coloré, à la couleur désirée, la façade, les volets. Ce jour là j'ai osé déposer un baiser sur le bout de tes doigts.
Et je me suis dit que, peut être, tu pourrais posséder les mots. A l'écrit.
Alors chaque jour je me suis assis à tes cotés pour t'apprendre. Pour t'apprendre à lire, à écrire. Pour apprendre ce que tu étais... 
Très vite c'est toi qui a pris la direction des opérations. A chaque mot nouveau tu faisais un dessin, à chaque dessin que tu me présentais je te donnais le mot écrit. Cet abécédaire fantastique est toujours sur la table du bureau et à servi plus tard pour apprendre à lire à nos enfants, à nos petits enfants.
De mots en mots, de livres en livres nous nous sommes rapprochés jusqu'au jour où tu m'as écris "Épouse moi". 
Encore maintenant je me souviens du choc d'avoir été demandé en mariage! Moi un homme! En y réfléchissant j'en ai été si heureux. Tu me choisissais alors que la vie m'avait imposé à toi...
Cet après midi douce et chaude entourés de cette famille que je n'aurais à peine espéré te donner est un régal. Le grand âge nous atteint maintenant, belle fête pour tes 80 ans, je n'ai nulle autre crainte que de te perdre... Tu es toujours aussi belle. Je t'aime comme au premier jour. Comme les précédents, quand je te rêvais...
Ah, ma princesse!

lundi 11 avril 2016

Sur la table de chevet.

C'est Lakevio qui propose un tableau pour une histoire... Et ce dimanche:
J'ai su, j'en suis sure le nom de ces fleurs si douces, si odorantes.
Oui.
Mais mes mots disparaissent et je m'en souviens parfois: c'est pour cela que je suis là.
Là... Où, je ne sais pas... Mais entourée, c'est sur. Ces sourires, ces attentions...
Que ces fleurs sentent bon! Qu'elles sont belles dans le soleil.
Je suis entourée et parfois je vois, puis j'oublie, les larmes piqueter leurs yeux.
J'ai oublié...
Ce sont les fleurs préférées de maman. Maman ne veut pas que je touche au vase. Je pourrais le casser.
Mais j'ai offert ce bouquet à maman et j'ai arrangé les fleurs. Aussi.
A moins... C'est ma fille qui les a déposées là. Je m'en souviens. Ce sont ces fleurs préférées, à elle aussi.
Je m'en souviens et puis j'oublie.
Même si je suis partie, un peu, pour eux. Ces fleurs me disent l'amour qu'ils me portent, l'amour que je leur ai porté. Quand je n'avais pas perdu...
Lilas! Voilà! Je me souviens. Je les aime. Les fleurs, les miens. Toujours. Puis j'oublie...

lundi 4 avril 2016

Rani house.

C'est Lakevio qui propose un tableau pour une histoire... Et ce dimanche:
Maison au bord de la voie ferrée. Edward Hopper

Ce matin j'ai acheté la maison. Il ne me reste plus qu'à apprivoiser ma princesse...
Oh, que j'en ai rêvé!!! De ma princesse. J'étais sur qu'elle m'attendait.
Tout petit déjà, je ne voyais que les toits par dessus la crête du mur, je tordais le cou pour tenter de l’apercevoir. Les dénégations de ma mère "Il n'y a pas d'enfant dans cette famille! C'est leur grand malheur" ne me faisait pas changer d'avis! Elle habitait là derrière ces fenêtres élégantes, dans ces pièces surement immenses. Peut être dormait-elle dans la chambre haute?
Je grandis avec cette idée... Mon père grondait en me voyant roder le long des murs de clôture: "Va plutôt courir sur la plage et la jetée! Les vraies filles sont là!". Mais je préférais regarder flotter les rideaux quand il était temps l'aérer. Je regardais la maison se patiner...
J'entendis dire que le maître de maison était mort... Qu'il ne restait plus là que son épouse très âgée et leur fille depuis longtemps Catherinette. Mon ami Louis me demandait si c'était d'elle dont je rêvais...
J'étais sur... Avant de partir en ville pour mes études je tentais d'approcher les domestiques, un couple plus très jeune, mais je ne réussis qu'à me faire rembarrer.
Les dames de la maison vivaient recluses.
Il arrivait de les voir, le dimanche à la messe. Et certains jours de printemps marchant sur la grève sous le jardin en pente de la maison. Jardin rendu à la vie sauvage qui s’échevelait dans le vent.
La vieille dame mourut, je l'appris lors d'une de mes visites à mes parents et je me pris à rêver d'acheter la maison.  Mais le notaire me découragea: "C'est un bien de grande valeur, qui se dégrade, mais est bien bâtit. Il ne viendra pas sur le marché avant des années, j'ai fait les papiers..." Je lui demandait de me prévenir quand même si la dame venait à décéder.
Cela arriva quelques temps après mon retour, mon installation dans la maison de mes parents. Mais je n'ai toujours pas pu atteindre le perron, la maison avait été léguée à la gouvernante...
Je lui ai envoyé une lettre. Lui expliquant que pour moi la maison avait une grande valeur... Que j'avais gagné de quoi lui rendre son faste perdu. Que c'était une maison pour une princesse...
Elle ne m'a pas répondu.
Alors j'ai écris encore. Souvent. Je lui ai dit mes rêves depuis mon enfance. Je lui ai parlé de ma princesse rêvée...
Et un jour... Elle m'a fait venir.
J'ai pu franchir le portail, de guingois, monter les marches, vermoulues, et actionner le heurtoir, un fine main baguée, pour entrer de plain pied dans mon fantasme!!!
La maison sentait la poussière et la rose...
La maison était fanée, comme séchée.
Elle était silencieuse. 
La gouvernante était âgée, fatiguée, comme la maison. Mais bien droite dans son fauteuil délavé elle m'appris que mes lettres l'avait touchée. Quelle souhaitait partir et qu'elle était prête à me céder la maison mais à une condition.
A condition de m'occuper de "la princesse". La princesse cachée... Depuis sa naissance, honteuse, fruit d'un horrible inceste... La princesse différente. Ailleurs. Qui jamais n'a parlé...
J'en suis resté sans voix.
Puis j'ai demandé à la voir... J'ai entendu un froissement et je l'ai aperçue. Furtive. La gouvernante m'a dit qu'elle aimait la musique. Et dessiner. Et regarder la mer...
Alors j'ai acheté la maison. Il ne me reste plus qu'à apprivoiser ma princesse...

dimanche 27 mars 2016

Bob...

Le dimanche Lakevio  propose un tableau sur lequel il nous faut raconter une histoire. Mais ce dimanche elle propose une illustration qui ne m'inspire pas du tout:
Alors je vous propose la suite de la suite de l'histoire commencée le 14 mars.

J'ai attendu longtemps. Quelle ressorte, éventuellement, de l'immeuble, qu'il me rappelle comme il me l'avait dit. J'attendais à la terrasse d'un café, sur un banc à quelques dizaines de mètres ou en faisant des allers retours comme un promeneur tranquille. L’œil sur la porte, avec nonchalance, mon esprit en roue libre me faisant quitter Paris. M'amenait bien loin du bitume chic de la rue de l'université, des quartiers huppés dans lesquels j'exerce mon métier, garde du corps, homme de main, de la zone peuplée et populaire, Seine Saint Denis où j'ai une logement. 
C'est dans ma campagne que je marche... L'oreille tendue vers les chants d'oiseaux, l’œil attiré par l’aubépine légère, les coucous trapus. 
J'ai attendu longtemps. Elle n'est pas ressortie, il ne m'a pas appelé. C'est l'odeur de l'étable de mon frère qui m'enivre, celle de la terre humide du potager... Je suis tenté. Il faut l'avouer. Retourner au pays. Apporter à Bernard les bras dont il a besoin, retrouver mes bases. Je pourrais, en vendant mon appart, avoir une mise à mettre dans l'exploitation familiale. Ces dernières semaines cela m'effleure souvent. Cette fille a bien réussi à tout lâcher. Pourquoi pas moi?  
J'ai attendu longtemps. Elle n'est pas ressortie, il ne m'a pas appelé, mais là c'est terminé. Je ne suis même pas sûr que le boss me paye sur ce coup là. Mais... 
C'est quand je me suis retourné pour partir que je l'ai vue... Sur le trottoir, avec un type. Pas la rousse, celle du boss. Non, sa copine. La petite brune. Petite, mince, racée... Bandante. J'adore les petites femmes. Cela me donne envie de les protéger. De les prendre dans mes bras... 
Mais là elle est au bras de ce gars. Qui ronchonne:  
"C'est quoi ce truc si important que tu as à me dire? On pouvait pas rester chez nous pour en parler?" 
Elle sourit. Qu'est ce qu'elle est belle! Elle a l'air tendue. Ils s’installent à la terrasse du café. Je me glisse à coté, tout à coté d'elle. Ils commandent, moi aussi. Je tend l'oreille. Elle commence une fois son verre posé devant elle. 
" J'ai pris une grande décision..." 
Il grogne. Et le reste se perd dans le fracas du hayon du camion d'un livreur qui s'ouvre. Mais la nouvelle ne doit pas lui plaire! Il hurle: 
"Non mais ça va pas ta tête!!! De quoi allons nous vivre?" 
Elle chuchote une réponse qui m'échappe. Il rugit. 
" Mais il n'en est pas question!!!" 
Elle se ratatine sur sa chaise: 
"Tu disais que tu avais un boulot en vue... J'en ai assez de cette vie. Je n'ai plus l'âge. Je veux des enfants." 
Le type bondit comme un ressort en hurlant des insultes. Et c'est quand son bras c'est détendu pour la frapper que je l'ai étendu. Juste un coup. Le poing bien sec sous le menton. Il s'est étalé, les bras en croix, entre les tables pendant que j'enveloppais la petite brune dans mes bras.
Ouh!!! Elle sanglote sur ma poitrine et je suis... Je suis le roi du monde!

lundi 21 mars 2016

Un tableau, une histoire.

Lakevio,  propose chaque week-end un tableau sur lequel il nous faut raconter une histoire. Ce dimanche un tableau de Mark Keller.
"The studient" de Mark Keller

Il pleut... Il pleut et j'attends. 
J'attends le temps. Le beau temps, le temps de vivre. Cette mauvaise saison est si longue. Ce temps d'avant. Trop jeune, pas assez formé, trop inexpérimenté. Ma vie ne peut démarrer.  
Il pleut et je me suis égaré. Je me suis laissé leurré par ces histoires formidables d'étudiants.
Où sont les soirées folles, les rencontres extraordinaires?
Je me contente de les rêver en grattant ma guitare...
Les filles se font belles pour les sportifs, ou les rockers.
Il pleut...
Elles courent le matin, capuche relevée et baskets colorées et je n'ai pas le courage de sortir. J'ai l'impression de savoir à peine marcher.
Elles courent le soir, sur des talons perchés et je ne suis pas invité. Comment fait-on pour avoir un carton?
Où est le mode d'emploi? De ma campagne arrivé je ne sais qu'observer.
Et rêver...
Rêver de soleil et de moments partagés.
Oh! La voilà!!! La violoniste!
Elle ne court pas. 
Elle ne sort pas. Pas souvent... 
Elle est seule. Aussi.
Pourtant silhouette fine et démarche calme, elle est si attirante.
Il me faudrait...
Sortir, l'aborder... 
Aux beaux jours peut être? Je sortirais. Avec ma guitare sur le seuil. Et elle me rejoindrait...
Il pleut...
Et j'attends les beaux jours.  


Il pleut... Il pleut et en la voyant disparaitre avec son étui je me souviens de cette même scène, il y a trois ans.
Vais je attendre encore quelle revienne? La semaine prochaine?
Le temps a passé tout à changé, elle est à moi. Quelques heures par semaine. Quand pour son mari elle a un cours de violon.
Le temps a passé rien à changé. Je suis toujours là. D'étudiant je suis passé à prof, je suis toujours à l'école. La vie se déroule ailleurs je le sais...
J'attends le temps. Il pleut et je me suis égaré, je le sais.
Ici je ne suis rien. Un assistant, un extra... Même ma guitare s'empoussière. 
Elle est partie et rien de ce qu'elle a dit ne m'autorise à espérer plus que ces étreintes furtives. Alors j'attends les beaux jours, la fin du trimestre et je pars. Je rentre chez moi, là bas. Là bas où vais apprendre à vivre. Là bas où je connais les gens, où je suis connu, reconnu.
Enfin je vais vivre, prendre ma vie en main. 
J'attends les beaux jours et je pars.

lundi 14 mars 2016

Un tableau, une histoire.

C'est Lakevio, que j'ai découvert chez Tanette, qui propose un tableau sur lequel il nous faut raconter une histoire. Ce dimanche un tableau de David Hatfield.
David Hatfield: Women and Degas
"Ah, ma chérie! Je suis si contente que tu ai pu venir! 
-Tu as dit que tu avais besoin d'un service... Drôle d'endroit pour un rendez vous! C'est ce à quoi tu rêvais quand tu te déshabillais en musique au club? Faire le petit rat? Avoir un tutu?
-Heu... J'ai commencé par la danse classique, oui. Mais ce n'est pas pour ça que je t'ai demandé de venir ici. 
-Que de mystères! Déjà ce message glissé sur mon pare brise... Tu n'aurais pas pu appeler?
-Ben, non justement! Il m'a pris mon téléphone et je suis constamment surveillée, pour ma sécurité dit-il... Ne te retourne pas! Son type est là à l'entrée de la salle. Je veux qu'il croie que l'on s'est rencontrées pas hasard.
-De quoi? De quoi? Qu'est ce que c'est que cette histoire? De qui tu parles? De ton mari?
-Oui, oui...
-Mais je ne comprends pas il avait l'air très bien ce type! Riche, élégant...
-Oui, il l'est riche et élégant. Mais sa richesse est malhonnête et son élégance trompeuse! Je suis sa prisonnière! J'en sais trop sur ses affaires, il parle sur l'oreiller, et il est jaloux!!! Terriblement jaloux!
-Que veux tu faire? Qu'est ce que je viens faire dans cette aventure?
-Pas grand chose, ne t’inquiètes pas. Tu habites toujours au même endroit, pas vrai? Pas loin d'ici?
-Je n'ai pas déménagé, mais je n'ai pas de place pour te loger! J'ai un petit ami maintenant!
-Non, non, je ne te demande pas de me loger Ce serait trop dangereux! Je te demande juste de m'inviter à boire un café. Juste assez fort pour que le gus l'entende et puis on va chez toi.
-Boire un café? Je ne comprends pas!
-Je vais aller chez toi comme pour boire un café mais je sortirais par l'autre porte. Ton immeuble a bien deux issues? Une porte qui donne sur l'autre rue?
-Heu... Oui...
-Alors c'est ok? Tu m'invites, juste quand on passe devant lui?
-Mais il va bien voir que tu ne redescends pas!
-Oui, au bout d'un moment il va monter voir. Tu lui diras que je suis partie par derrière, c'est tout. J'ai juste besoin de prendre un peu d'avance...
-Mais que vas tu faire? Où vas tu? De quoi vas tu vivre? Tu as juste ce sac?
-Ne t'inquiètes pas, je vais disparaitre. Il vaut mieux que tu ne saches rien...
-Mais...
-S'il te plais! Juste une invitation et tu me sauve la vie!
- Je... Mon petit ami est à la maison, il me protègera... 

Ma chérie!!! On ne va tout même pas se quitter comme ça! Viens boire un café à la maison... A moins que tu ne préfères du thé?

dimanche 6 mars 2016

Un tableau, une histoire...

C'est Lakevio, que j'ai découvert chez Tanette, qui propose un tableau sur lequel il nous faut raconter une histoire. Ce dimanche un tableau de Jackie Knott.
Toile de Jackie Knott

Ah, mes amis, mes amis!!! Que ce dimanche commence bien! Il fait beau. Il fait doux. Les oiseaux chantent et c'est le signe que nous allons avoir de la visite. 
D'ailleurs Boris Alicide de Nur Chosic soutient déjà activement un lecteur de journal. Un matinal qui évite sans doute ici les récriminations de sa mère, ou de sa femme. A moins que se soit pour échapper à la solitude d'une chambre de bonne sous les toits.
Bientôt quelques parents arriveront, armés de tricycles et de ballons, pour distraire leur marmaille. Leur faire prendre l'air. Les arracher aux écrans si présents. Mon emplacement n'est pas favorable aux cyclistes en herbe, l'allée est trop pentue, mais elle attirera dans quelques heures les jeunes sortis de leurs grasses matinées qui s'installeront sur moi pour se regrouper avant d'attaquer la pente sur leurs skates ou leurs rollers.
En les attendant je servirais, c'est mon métier, ma vocation, d'étai à quelque joggeur qui s’appuiera sur moi pour resserrer ses lacets, pour faire quelques étirements ou juste pour souffler un peu. 
Et puis en fin de matinée, ce sont les amoureux tout neufs qui passeront en flânant, mangeant quelques croissants avant de retourner se câliner, sieste crapuleuse, faire des réserves pour les jours moins meilleurs.
En milieu de journée ce sont les touristes qui vont déferler par vagues. En groupe, ou par deux, chaussures de marche et appareil photo, qui viendront s'assoir sur moi, Bernard Abel du Nid Coul, pour avaler rapidement un sandwich, "so french" . Ils auront tant et tant à dire sur les merveilles de Paris, sur le cachet si authentique de Montmartre que leurs discours exotiques couvriront le chants de oiseaux.
Les oiseaux de toute façon seront bien occupés pendant quelques heures à picorer la moindre miette tombée...
Entre 15 heures et 18 heures se sont les familles et les anciens qui passeront tranquillement, au pas de la digestion, promenade dominicale. Le parc pour respirer un peu, la marche pour apaiser les esprits parfois échauffés par les discussions polémiques, politiques, entre beaux frères, entre générations.
Quelques mamies, un ou deux papis, esseulés ou en grappes, viendrons prendre le soleil de l'après midi. Jouant avec l'ombre parfumée des branches violettes du Paulownia. 
Soupir. Je suis si content de sortir des jours gris. D'échapper à la solitude des jours d'hiver qui chassent les flâneurs, ne laissant sur nous que les égarés, les laissés pour compte.
Demain matin, les hommes en verts auront du travail pour ramasser, papiers et mégots, mais c'est le signe d'une belle journée passée et j'aime particulièrement celui qui balaye autour de moi. Il a toujours un regard pour les arbres, pour la vue et il siffle en travaillant.

Si mes lubies de "scibouillarde" vous barbent dites le, je ne voudrais pas "perdre" mes visiteurs / commentateurs...

dimanche 21 février 2016

Un tableau, une histoire...

C'est Lakevio, que j'ai découvert chez Tanette, qui propose un tableau sur lequel il nous faut raconter une histoire. Ce dimanche: "Hollyhock garden" de Julie Gilbert-Pollard.
 Et ce tableau tombe bien en ces jours de temps morose, de pluie fine et froide...

Mon amie jolie, je vous attends.
J'ai préparé pour vous quelques chants.
D'oiseaux pour l'aube et la soirée,
De cigales pour la chaleur de la journée.
J'ai engrangé pour vous des senteurs
Suaves et douces de fleurs,
Plus sourdes et craquantes du foin.
Je vous sais présente, pas bien loin...
J'ai collectionné pour vous les teintes
Les plus vives sans contrainte.
Le bleu vif du ciel immense,
Les roses de plus ou moins d'importance,
Le jaune de bien belle prestance,
Le rouge le plus intense... 
J'ai convoqué la chaleur,
Celle qui caresse en douceur
La peau pour effacer sa pâleur.
Les corps et les cœurs.
Vous me trouverez allongé
Lascif, reposant à l'ombre
Une sieste comme songée,
Dans l'attente, sans nombre...
Vous me trouverez, ma fée.
Et vous ramènerez l'été.