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samedi 23 mai 2020

Surfer sur les vagues...

Ce mercredi première "vraie" sortie. 
Si l'on peut dire ainsi...
Je suis allée, avec les gars, Simon, Arthur et Victor, au Mans. Enfin...
En banlieue. Dans un magasin de bricolage, où Simon a récupéré la faïence de sa salle de bain, dans un magasin de sport, où Arthur et moi avons acheté des chaussures pour courir. 
Emma nous a rejoint. Nous sommes rentrés en deux vagues. Simon et moi (j'ai aimé partager ce moment "privilégié", à deux), les autres ensuite.
Puis, mercredi soir, ma collègue directrice de l'école maternelle est venue et nous avons travaillé à la future ouverture des écoles. 
A tâtons, comme de mise ces derniers temps.
Nous sommes entre deux municipalités qui ne se causent pas.
Alors difficile de savoir de quels moyens nous disposerons...
Et puis, les "règles en vigueur" (chômage partiel, garde d'enfants...) actuellement vont changer au mois de juin. Sûrement. Cela changera la donne pour les parents. Donc pour nous.
Comment travailler à des plannings dans cette purée de pois?
Aucune anticipation n'est possible.
Jeudi ménage, repas, repos, linge et lecture.
Une petite "sortie" à deux, avec Gilles (oulala, ça faisait longtemps!) pour aller récupérer notre cagette de légumes.
On parle, un peu, de son boulot...
Cuisine entre parenthèses, ménage, désinfection, ménage, désinfection, ménage...
Vendredi j'ai pris la clef des champs, seule puisque personne n'a souhaité marcher.
Tranquillement, avant que la chaleur ne soit trop lourde, j'ai fait une boucle de 7 kilomètres entre les blés et les bois.
Ce fût comme une énorme respiration.
Avec seulement les chants des oiseaux pour remplir le silence.
Avec quelques rencontres discrètes.
En essayant de ne pas penser au boulot.
Ne pas penser aux tracas de Victor, son avenir, pas de formation, son rendez vous chez le médecin emporté de haute lutte dans notre désert médical ("notre" toubib est en vacances. 15 jours par mois. Le plus souvent quand nous en avons besoin).
Ne pas me prendre la tête avec Clovis et les réponses qu'il doit, mais ne veut pas, apporter pour le conseil de classe qui décidera de son année de terminale (et je ne parle pas du bac de français...).
Ne pas réfléchir aux perspectives bouchées d'Arthur... 
Arrêter de me creuser la tête pour les repas qu'un ou l'autre critiquera de toute façon.
Ok, repos et, pour Gilles, chasse aux poux rouges de poules qui squattent la paille qu'il a retiré du poulailler et qu'il doit bruler.
Pendant que Suzanne et Clovis "tombent" dans la piscine gonflable que Victor et Emma ont offert à la famille...
...le petit chat de Suzanne explore le jardin (celui de derrière).
Puis nous passons un bon moment quand Annaïg et Hervé qui font une halte à la maison et dans le jardin.
Et repartent avec des cerises.
Voilà, voilà...
J'ai réussi à profiter des moments, du beau temps, de...
Jusqu'à ce que la critique de trop, lors du repas: je ne serais "jamais contente" (après le "tu es trop gentille", "Tu en fais trop", ou "pas assez" (du riz, des pâtes, des pommes de terre)", "C'est trop" ou "pas assez cuit", a fait déborder le vase. Je suis partie me coucher en claquant les volets (il n'y a pas de porte à la cuisine).
Voilà, voilà...
C'est sorti. Là dessus j'ai dormi presque toute la nuit (réveil à 4h44, puis à 5h55).
J'ai pris une grande respiration et j'ai remis ma cape, ma carapace.
Rien de tout cela n'est grave.
Je ne laisserai plus ce genre de truc m'atteindre.
Voilà...

lundi 11 mai 2020

Pré dé.

Je suis de ceux/celles qui l'ont vécu sans être réellement confiné.
Je suis allée au boulot.
Et j'avais grandement apprécié mes vacances.
Ce dimanche de prédé je les ai appelés pour un apéro de clôture (?) sur la terrasse.
Et, avec Victor et Emma nous avions fait la queue devant la boulangerie pour acheter des gâteaux pour le dessert (cela faisait des années que nous ne l'avions pas fait. Et nous avons trouvé LA boulangerie, où les gâteaux, délicieux, sont géants).
Puis, dans l'après midi, après le départ d'Emma, qui est rentrée chez ses parents, Gilles et moi avons quitté la maison, tout les deux, sans chien, sans portable, sans attestation...
Arthur, inquiet, nous a cherché.
Nous nous sommes baladé.
Nous avons profité. Nous avons apprécié.
Comme une grande respiration avant de plonger.
Ce matin la tempête fait rage, le service de transport du secteur a envoyé un SMS: service interrompu par la chute d'un arbre sur la chaussée.
Ce matin Gilles est retourné "pour de bon" au boulot.
Ce matin je vais retrouver mes collègues pour une "prérentrée" (n'importe quoi!!! Nous n'avons pas cessé de travailler!).
Bon déconfinement à tous. Prenez soin de vous.

mercredi 6 mai 2020

Premiers de corvée.

C'est l'histoire de ceux qui doivent faire.
Ceux qui doivent fonctionner.
Quelques soit les ordres.
Quelques soit les circonstances.
Quelque soit l'inadéquation du bouzin avec la réalité.
Même si cela amène de la souffrance pour ceux dont on a la charge.
Quelque soit la souffrance de ceux qui doivent faire rentrer des ronds dans des carrés.
En sachant que les arguments utilisés pour justifier cette ré ouverture des écoles prématurée sont fallacieux.
Ouvrir les écoles.
Progressivement mais mardi 12 (aux parents on a dit, à la télé, le 11).
Progressivement et suivant les moments, les sources, à chaque "couche" son grain de sel, ministre à la télé, recteurs, inspecteurs d'académie, de circonscription on commence par les GS, les CP et les CM2, ou tous de concert.
Ouvrir les écoles dit-on au parents à qui on donne le choix en les illusionnant. S'ils les remettent à l'école ce ne sera que pour, au mieux, quelques jours par semaine. S'ils les gardent la continuité pédagogique ne sera plus qu'en pointillé. Les profs ne pouvant pas (Ah, non?) être au four et au moulin ils vont entrer dans une nouvelle ère, celle de l'alternance.
C'est ça ou c'est abandonner les élèves restés chez eux.
Et à la question d'une collègue lors de cette troisième visio de la journée lundi (conseil des maîtresses de l'école, à 11h, syndicat, à 14h, inspectrice, à 17h) de la prise en charge du décrochage scolaire (argument du sinistre pour cette ré ouverture) cette réponse: c'est le choix des parents. Ils ne veulent pas ils ne viennent pas.
Et pour ce qui est du comment...
Un protocole de 54 pages à mettre en place qui va du réaménagement des locaux, de la cour, au plan de circulation autour de l'école. A une collègue qui s'interroge sur sa compétence en ce domaine si loin de sa sphère de maîtrise on répond tuto sur la toile.
Même chose quand nous réclamons la formation sur les gestes barrières et les consignes sanitaires dont parlait le sinistre.
Aux nombreuses questions sur impossibilité à "maîtriser" les interactions sociales, sur l'angoisse que cela va générer pour les enfants et les adultes qui les encadrent, pas de réponse. A part vous saurez les rassurer.
Soyons clairs si ces mesures sanitaires sont si strictes c'est qu'il est dangereux de retourner en classe. Non?
Ou non, les "experts" se succèdent  à la TV, à la radio,  se contredisent, disent tout et son inverse...
Contre l'avis du conseil scientifique, derrière lequel il se planquait pour prendre ses décisions jusqu'à présent, Mister M a décidé de ré ouvrir les écoles. JMB mis au pied du mur a avalé la couleuvre, il n'a pas dit non. Les cadres de l'éducation nationale se sont retrouvés avec la patate chaude, très chaude, et ils n'ont pas dit non. Ils l'ont filé, sans filet, aux couches inférieures. A vous de jouer. On vous fait confiance (C'est désespérant d'avoir gâché un aussi beau mot!). Ils l'ont filé le "soin" de la mise en œuvre, dans des délais intenables, sans moyens, sans formation, sans temps supplémentaire (je n'ose compter le temps que j'y ai passé, tout en continuant de travailler avec mes élèves, à la maison) et nous n'avons pas la possibilité de dire non.
Quand l'une évoque ce "mal être", cette fatigue, on lui affirme qu'elle n'est pas la seule à souffrir (Bravo, ça aide! Toujours ce réflexe: faire culpabiliser d'être trop "faible"), qu'il y a un numéro d'appel pour parler à un psy et que si ce n'est pas suffisant il faut se mettre en arrêt maladie (trop faible qu'on vous dit. Pas que la charge est trop lourde, non, quand on a pas le choix on ploie ou on casse. Et il y aura de la casse).
Pas de possibilité de dire non.
Et puis il y a ces maires qui voyant venir la vague de responsabilité (elle est descendue en même temps que les ordres, se décharger sur la couche inférieure est un sport national) disent non.
Celui de la commune où je travaille l'a dit.
Non, l'école n'ouvrira pas (au moins jusqu'au 31 mai).
Nous n'aurons "que" les enfants de personnes prioritaires (dont le nombre augmente) à accueillir à l'école. Et nous pourrons ne pas abandonner nos élèves chez eux. Nous avons même prévu de recevoir, individuellement, avec leurs parents, ceux qui en ont le plus besoin. Notre version, à nous, de la prise en charge des difficultés.
Pour que l'école redémarre doucement, calmement, en réfléchissant, en évaluant les écueils sans précipitation.

samedi 2 mai 2020

Con fidence sur con finement.

Qu’est-ce qui te manque le plus dans ce confinement (la première chose qui vient à l’esprit, spontanément) ? La sérénité. J'ai la chance d'avoir mes enfants, mes proches à portée de main. Curieusement ce n'est pas le confinement qui me pèse c'est la manière dont se profile le dé confinement.
Quelque chose de positif dans cette période ? Beaucoup de positif en fait. Nous vivons à 8 (la maison et le jardin sont grands, ça aide surement) sans tension. J'ai enfin trouvé le temps de faire des exercices chaque matin. Cela ne prend pas tant de temps que je ne puisse pas continuer une fois le travail à l'extérieur repris.
La boisson du confinement ? De l'eau et une bière le soir. Mais une bière sans quelqu'un avec qui trinquer c'est pas... Bref.
Alors c’est comment le télétravail ? Ce fût très difficile les deux premières semaines et les vacances ont été les bienvenues. J'appréhende la suite. Il est question (le sinistre chauve le dit) d'abandonner nos élèves à la maison (à des collègues à la maison eux aussi? Qui le les connaissent pas? Au CNED?) pour aller faire classe à de petits groupes d'élèves (dont certains ne seraient pas les nôtres?). Tout cela en faisant respecter des règles sanitaires intenables. Organiser la maltraitance de nos élèves? Je n'en dors plus.
La chanson du confinement ? Je suis tombée sur la musique de mes vacances adolescentes et j'y reviens encore et encore (le souvenir d'un temps ou l'avenir était incertain pour un autre temps incertain?): Alan Parsons Project Sirius/Eye In The Sky
La série du confinement ?
Unorthodoxe, Lucifer (avec Suzanne)
Et ta coupe de cheveux ?
Ma coupe de quoi? 
Le livre du confinement ? Je l'ai dévoré en une après midi. Bien écrit, poétique, décalé: "A la ligne, feuillets d'usine" de Joseph Ponthus.
Des stocks de bouffe ? 8 à table. Avec Emma et Suzanne qui mangent comme des moineaux, Coralie en dehors des repas et autre chose que ce que je prépare, mais avec Arthur, Victor et Clovis qui mangent comme le font des ados/adulescents. Nous allons nous ravitailler pour partie dans un magasin pour collectivité: farine par 10 kg, levure par 1 kg, pâtes et riz par 5 kg... 12 litres de lait à chaque ravito. Je me suis offert, dans ce même magasin qui fournit restos et cantines, sans regarder le prix, j'en avais trop envie, une méga poêle. C'est grave docteur?
Des symptômes du Coronavirus ? Avec le recul Victor a été malade avant le confinement (toux, fièvre et tout le tremblement). Et ces derniers jours Suzanne, qui n'est pas sortie d'ici depuis le 13 mars, a de nouveau des ganglions dans le cou, de la fièvre et mal au ventre. Le cabinet de pédiatrie ne répond pas. J'ai décrit les symptômes sur leur répondeur, ils ne me rappellent pas c'est qu'il n'y a pas de gravité (n'est ce pas?).
Sur informé ou sous informé sur l’épidémie ? C'est infernal ces informations, ces affirmations qui tournent et virent...
Optimiste ou pessimiste ? Je ne suis pas abattue, je me bats, mes principes et ma volonté ne sont pas atteints. Je suis optimiste pour les miens. Je connais leur capacité de résilience. Par contre pour cette ré ouverture des écoles je vois ça mal, très mal. Pour nos élèves, pour leurs parents, pour les enseignants et le personnel qui les épaulent.
Une citation pour illustrer la pandémie ? Comme Gilsoub et Virginie: "Mieux vaut être confiné que con fini"

vendredi 1 mai 2020

"J'adore quand un plan se déroule sans accroc"

Seuls les plus vieux connaissent la référence à "L'agence tous risques" et à son chef Hannibal.
Mais même les plus jeunes comprennent le sens ironique de cette phrase:...
Dans la série le "plan" est toujours construit de bric et de broc, élaboré avec ce qu'ils ont sous la main, objets, personnes détournées de leur usage premier.
Au pied du mur, face à une agression ou à un ennemi très vilain, et avec un colonel à leurs trousses, ils établissent une stratégie.
La plupart du temps farfelue, à grand renfort de plaques de métal, de soudures sur des véhicules improbables.
Puis vient le temps de la bataille, loin d'être gagnée. Il y a des aléas, des moments où tout semble perdu, où c'est foutu.
Mais qui fini, bien sûr par l'être... C'est là qu'Hannibal se félicite de la victoire.
Où vais je ainsi?
La phrase "J'adore quand un plan se déroule sans accroc" est celle qui, ironique, accompagne mes nuits tronçonnées.
Elle est en fond d'écran de nos conseils des maîtresses en visio, elle me saute à la figure depuis que, contre l'avis du conseil scientifique, Macron a décidé de ré ouvrir les écoles.
Elle prend tout son sens quand nous recevons des consignes (la seule claire étant de recenser les élèves susceptibles de revenir en classe) et un protocole sanitaire (63 pages), enfin, hier jeudi. 17 jours (17 jours!!!) après que Macron ait parlé. 17 jours pendant lesquels nous étions dans le noir, dans le flou. Dans l'angoisse.
Nous sommes l'agence tous risques. Nous devons monter à l'assaut d'une scolarisation dégradée (garderie gratuite, gosses dans des cases de 2 mètres carré, sans masque, classe à la maison et (et!!!) en présentiel) avec du bric et du broc et un colonel/éducation nationale qui nous court après avec des consignes sans sens, enseignement perdu de vue... L'ennemi est mouvant au fil des jours, au fil des changement de vent, au fil des changements de doctrine (heurk!), au fil des communications brouillées des médecins et des politiques.
La charge et la responsabilité est écrasante. Les explosions menaçantes.
Je me sens comme "Mister T", droguée et embarquée de force dans un avion sans pilote.
Notre équipe est formidable et nous nous soutenons depuis des semaines mais je ne suis pas, loin de là, certaine d'avoir la folie de Looping, la ruse de Futé, les épaules (et la crête même si mes cheveux ne ressemblent plus à grand chose) de Mister T pour arriver à tenir la barre de cette bataille.
Et à arriver, un jour, à pouvoir dire, pour de vrai, comme Hannibal, quand la victoire sera acquise:  "J'adore quand un plan se déroule sans accroc"