Ce n'est pas un temps à mettre un vacancier dehors.
Pas un temps à aller au marché (de toute façon ils dorment tous encore).
Alors je vous propose un peu de lecture.
Je vous mets les liens pour les deux versions du texte que je vous ai proposé en épisodes ces trois dernières semaines.
La version 1. Juste l'histoire. Rien que l'histoire. Les 9 parties à la suite.
La version enrichie. L'histoire et l'histoire de l'histoire en quelque sorte.
Maintenant j'attends de vous des critiques.
Constructives, bien sûr.
Quelle est votre avis sur l'histoire? Version 1 ou enrichie?
Et... Avez vous un titre à proposer?
samedi 17 août 2019
vendredi 16 août 2019
Projet, second été. 9.
C'est un projet commencé l'été dernier.
Que j'ai laissé maturer dans un coin, que je reprends et retravaille...
Que j'ai laissé maturer dans un coin, que je reprends et retravaille...
"Oui, ma voiture! Une énorme découverte pour moi!! Je n'avais jamais
ouvert un capot, tout juste si je savais qu'il y a une batterie dans
une voiture!"
Alice éclate de rire.
"J'ai surtout servi d'arpette Passe-moi la clef de truc, tiens ça, etc...
- Oui, mais par contre tu as assuré pour la sellerie!
- La sellerie? S'étrangle Odette.
- Oui, les sièges, la banquette. Dit Alice .
- Elle a tout démonté, tout décousu, puis tout refait.
- Nous en avons passé du temps pour choisir les couleurs, la carrosserie, les tissus."
Des futilités auxquelles l'on donne de l'importance parce que l'important est réglé ou en passe de l'être.
Les petits ont terminé leur repas et c'est l'heure des câlins.
Annabelle et Jérémie se sont retrouvés autour du barbecue et Pierrick grommelle:
"Ces deux-là! Toujours fourrés l'un avec l'autre! Si je n'étais pas sur de l'inclinaison de Jérémie...
- Et de celle d'Annabelle!" Ajoute Alice en riant.
L'éclat de rire est général.
Les bébés couchés, c'est au tour des enfants de manger.
Pour les adultes c'est la seconde tournée d'apéro et l’apparition des tartes aux légumes.
Jérémie et Annabelle se sont un peu disputés pour la musique et se sont accordés sur du reggae soft.
La lumière baisse, le ciel s'embrase. Les conversations se font plus sourdes, plus lentes.
Odette a l'air un peu pompette. Elle glousse ou somnole. Cela a fait rire Damien qui a appelé. Il a l'air de bien s'amuser de son coté.
Andrée demande à Annabelle:
"Il t'a confié ses chaumes?
- Ses chaumes? Demande Léa.
- Oui! Lui répond Andrée. Tu connais cette habitude, qui tombe en désuétude, qu'ont certains agriculteurs de brûler leurs chaumes en fin d'été? L’écobuage?"
Léa acquiesce:
"C'est pour enrichir les sols pour l'année suivante?
- Oui, c'est ça! Et bien chaque année nous brûlons nos chaumes pour enrichir l'année suivante. C'est des buts de nos retrouvailles chaque année.
- Oh! Souffle Odette qui, pour finir, ne dormait pas.
- Pour bien comprendre tout cela il faut raconter la suite de l'histoire." Affirme Pierrick.
Tout le monde est à table, le plat de saucisses, de ribbs, de brochettes tourne dans un sens pendant que les salades tournent dans l'autre.
"La suite de l'histoire, Odette, ça vous dit? Demande Jérémie.
- Mais bien sûr." Affirme Odette, qui va mieux depuis qu'elle a mangé. On en était à l'écriture au second étage du garage.
- En effet, et Aimée semblait aller beaucoup mieux". Dit Alice.
Je réponds doucement:
"Mais il restait les dernières volontés de Laurent. Cela me tracassait. Ses cendres étaient enfermées dans ce casier moche et nous n'avions pas fait la fête dans son jardin comme il me l'avait demandé.
- Oh!!!(Décidément Odette ne fait pas dans la variété!)
- Quand elle nous en a parlé, raconte Alice, nous avons réuni un conseil des A.
- Par message privé? Interroge Odette.
- Et établit un plan de bataille." Complète Jérémie.
Je ne pouvais pas m’approcher du jardin, de la maison, cette maison qui avait été la mienne, tant que Thérèse était dans le coin.
"Nous avons pensé, dit Jérémie, que les parents de Laurent ne pourraient pas refuser à ses amis d'organiser une petite cérémonie commémorative un an après sa disparition."
Il fallait agir finement, en mettant les bonnes personnes dans la confidence. Les bonnes personnes à contribution.
"Aimée s'est chargée de prévenir les amis de Laurent. Raconte Andrée.
- Et elle nous a fait une liste des "alliés" de Thérèse, ajoute Alice.
Nous voulions à tout prix éviter que les parents de Laurent viennent perturber la cérémonie que nous organisions dans son jardin. Mais ils étaient les propriétaires de la maison et du jardin. Qu'ils avaient d'ailleurs laissés à l'abandon depuis la mort de Laurent.
"Alors nous avons organisé deux hommages. Raconte Alice.
- Mais? Interroge Odette.
- Nous avons mis Youri, le meilleur ami de Laurent à contribution. Continue Andrée. Il est allé voir Thérèse et lui a demandé l'autorisation d'organiser un hommage un samedi après-midi. Il a bien caressé Thérèse dans le sens du poil en lui parlant d'une éventuelle messe et il a proposé de s'occuper de tout, traiteur, diaporama, invitation des amis. Sans jamais parler d'Aimée.
Nous avons laissé murir et quand Thérèse a accepté nous avons lancé la machine: d'un côté une "réunion" chez Thérèse où elle ajoutait ceux qu'elle souhaitait à une liste d'amis. De l'autre la vraie cérémonie avec Aimée et leurs amis.. Pour qu'elle ait lieu, comme Laurent le souhaitait, dans le jardin, il fallait non seulement occuper Thérèse mais aussi avoir les clefs (les serrures avaient été changées). Youri lui demanda s'il pouvait se rendre dans la maison pour récupérer des photos de Laurent pour faire un diaporama.
- C'est l'argument "puisque Vanessa a disparu" qui a fait céder Thérèse. Ajoute Annabelle. Youri a eu les clefs dont nous avons immédiatement fait un double."
Andrée glousse:
- Les photos que nous avons utilisées pour le diaporama (trouvées dans le cloud, pas dans la maison) étaient toutes des photos avec Aimée!
- M'enfin! S'exclame Odette.
- Vous êtes entrés, vous avez fait une fête chez Laurent sans autorisation? Léa est estomaquée.
- Bah, ce n'est pas de truc le plus illégal que nous avons fait! Ajoute Andrée, le sourire aux lèvres.
- Non! Mais qu'avez-vous fait? Demande Léa.
- Vous ne le répèterez pas? Hein? Parce que la réputation de Pierrick en prendrait un sacré coup! Demande Jérémie fébrile.
Alice éclate de rire.
"J'ai surtout servi d'arpette Passe-moi la clef de truc, tiens ça, etc...
- Oui, mais par contre tu as assuré pour la sellerie!
- La sellerie? S'étrangle Odette.
- Oui, les sièges, la banquette. Dit Alice .
- Elle a tout démonté, tout décousu, puis tout refait.
- Nous en avons passé du temps pour choisir les couleurs, la carrosserie, les tissus."
Des futilités auxquelles l'on donne de l'importance parce que l'important est réglé ou en passe de l'être.
Les petits ont terminé leur repas et c'est l'heure des câlins.
Annabelle et Jérémie se sont retrouvés autour du barbecue et Pierrick grommelle:
"Ces deux-là! Toujours fourrés l'un avec l'autre! Si je n'étais pas sur de l'inclinaison de Jérémie...
- Et de celle d'Annabelle!" Ajoute Alice en riant.
L'éclat de rire est général.
Les bébés couchés, c'est au tour des enfants de manger.
Pour les adultes c'est la seconde tournée d'apéro et l’apparition des tartes aux légumes.
Jérémie et Annabelle se sont un peu disputés pour la musique et se sont accordés sur du reggae soft.
La lumière baisse, le ciel s'embrase. Les conversations se font plus sourdes, plus lentes.
Odette a l'air un peu pompette. Elle glousse ou somnole. Cela a fait rire Damien qui a appelé. Il a l'air de bien s'amuser de son coté.
Andrée demande à Annabelle:
"Il t'a confié ses chaumes?
- Ses chaumes? Demande Léa.
- Oui! Lui répond Andrée. Tu connais cette habitude, qui tombe en désuétude, qu'ont certains agriculteurs de brûler leurs chaumes en fin d'été? L’écobuage?"
Léa acquiesce:
"C'est pour enrichir les sols pour l'année suivante?
- Oui, c'est ça! Et bien chaque année nous brûlons nos chaumes pour enrichir l'année suivante. C'est des buts de nos retrouvailles chaque année.
- Oh! Souffle Odette qui, pour finir, ne dormait pas.
- Pour bien comprendre tout cela il faut raconter la suite de l'histoire." Affirme Pierrick.
Tout le monde est à table, le plat de saucisses, de ribbs, de brochettes tourne dans un sens pendant que les salades tournent dans l'autre.
"La suite de l'histoire, Odette, ça vous dit? Demande Jérémie.
- Mais bien sûr." Affirme Odette, qui va mieux depuis qu'elle a mangé. On en était à l'écriture au second étage du garage.
- En effet, et Aimée semblait aller beaucoup mieux". Dit Alice.
Je réponds doucement:
"Mais il restait les dernières volontés de Laurent. Cela me tracassait. Ses cendres étaient enfermées dans ce casier moche et nous n'avions pas fait la fête dans son jardin comme il me l'avait demandé.
- Oh!!!(Décidément Odette ne fait pas dans la variété!)
- Quand elle nous en a parlé, raconte Alice, nous avons réuni un conseil des A.
- Par message privé? Interroge Odette.
- Et établit un plan de bataille." Complète Jérémie.
Je ne pouvais pas m’approcher du jardin, de la maison, cette maison qui avait été la mienne, tant que Thérèse était dans le coin.
"Nous avons pensé, dit Jérémie, que les parents de Laurent ne pourraient pas refuser à ses amis d'organiser une petite cérémonie commémorative un an après sa disparition."
Il fallait agir finement, en mettant les bonnes personnes dans la confidence. Les bonnes personnes à contribution.
"Aimée s'est chargée de prévenir les amis de Laurent. Raconte Andrée.
- Et elle nous a fait une liste des "alliés" de Thérèse, ajoute Alice.
Nous voulions à tout prix éviter que les parents de Laurent viennent perturber la cérémonie que nous organisions dans son jardin. Mais ils étaient les propriétaires de la maison et du jardin. Qu'ils avaient d'ailleurs laissés à l'abandon depuis la mort de Laurent.
"Alors nous avons organisé deux hommages. Raconte Alice.
- Mais? Interroge Odette.
- Nous avons mis Youri, le meilleur ami de Laurent à contribution. Continue Andrée. Il est allé voir Thérèse et lui a demandé l'autorisation d'organiser un hommage un samedi après-midi. Il a bien caressé Thérèse dans le sens du poil en lui parlant d'une éventuelle messe et il a proposé de s'occuper de tout, traiteur, diaporama, invitation des amis. Sans jamais parler d'Aimée.
Nous avons laissé murir et quand Thérèse a accepté nous avons lancé la machine: d'un côté une "réunion" chez Thérèse où elle ajoutait ceux qu'elle souhaitait à une liste d'amis. De l'autre la vraie cérémonie avec Aimée et leurs amis.. Pour qu'elle ait lieu, comme Laurent le souhaitait, dans le jardin, il fallait non seulement occuper Thérèse mais aussi avoir les clefs (les serrures avaient été changées). Youri lui demanda s'il pouvait se rendre dans la maison pour récupérer des photos de Laurent pour faire un diaporama.
- C'est l'argument "puisque Vanessa a disparu" qui a fait céder Thérèse. Ajoute Annabelle. Youri a eu les clefs dont nous avons immédiatement fait un double."
Andrée glousse:
- Les photos que nous avons utilisées pour le diaporama (trouvées dans le cloud, pas dans la maison) étaient toutes des photos avec Aimée!
- M'enfin! S'exclame Odette.
- Vous êtes entrés, vous avez fait une fête chez Laurent sans autorisation? Léa est estomaquée.
- Bah, ce n'est pas de truc le plus illégal que nous avons fait! Ajoute Andrée, le sourire aux lèvres.
- Non! Mais qu'avez-vous fait? Demande Léa.
- Vous ne le répèterez pas? Hein? Parce que la réputation de Pierrick en prendrait un sacré coup! Demande Jérémie fébrile.
"Bien sûr!" S'exclament Odette et Léa en chœur.
Pierrick rit.
"Une seconde!" demande Andrée qui part avec Alice chercher les sorbets et renouveler l'eau fraiche.
"M'enfin, vous n'avez tout de même pas enfreint la loi? S'étonne Léa.
- Et bien... On pourrait considérer que nous sommes coupables d'enlèvement. Répond Andrée qui se réinstalle.
- Ou de vol avec effraction." Ajoute Alice avec sérieux.
Odette s'est redressée, tout ouïe.
Léa regarde sa mère, incrédule: "Maman..?"
J'interviens vivement:
"Rien ne peut vous être reproché! Nous avons juste fait en sorte de respecter la volonté de Laurent."
Pierrick reprend le fil du récit:
"Nous avons organisé les deux cérémonies et la veille nous sommes allés récupérer les cendres de Laurent dans le columbarium.
- Hein! Odette s'étrangle avec sa glace.
- Maman!!!" Léa est entre le rire et l'étouffement.
Je raconte:
"Pierrick avait fait des repérages, posé des questions à ses
"collègues" des pompes funèbres locales et nous avons formé trois
équipes: Deux équipes de guetteurs, chargés aussi d'occuper ceux qui
pourraient s'approcher et une équipe de "casseurs".
Andrée poursuit:
- Pierrick nous avait montré comment ouvrir le casier sans dégâts. Nous
avons caché l'urne dans un seau avec des fleurs fanées dessus puis nous
avons replacé la plaque."
Jérémie glousse:
- Elle tient avec du silicone transparent!"
"Mais c'est incroyable cette histoire! Dit Odette.
- Ce qui le plus incroyable c'est la suite. Ajoute Pierrick. Le
lendemain, en début d'après-midi, comme prévu Thérèse a réuni quelques
copains et amis de Laurent, qui ne sont pas restés, des amis et voisins à elle et ils ont mangé des
petits fours avant d'aller assister à une messe hommage.
-Youri s'est chargé, discrètement, de faire savoir que si Vanessa
n'était pas là c'était parce que Thérèse l'avait mise à la porte."
Souffle Alice.
Le silence dure quelques secondes et je reprends, la voix pas très assurée.
"Nous nous sommes retrouvés dans le jardin. Tous ses amis étaient là. Les miens aussi. Mes collègues, mes copines
du lycée, mes parents. Nous avons levé notre verre en l'honneur de
Laurent, pas du blanc. Il y a eu des textes, des poèmes, des chansons et à la nuit
tombée nous avons allumé un grand feu. Nous y avons jeté les feuilles des textes qui avaient été lus, des fleurs. Et au plus fort du brasier nous y avons ajouté les cendres de Laurent."
Le silence se fait de nouveau.
Loïc, qui débarrassait avec Alice, dépose un baiser sur le sommet de ma tête.
"C'est pour ça que vous parlez d'écobuage? C'est ça que vous préparez?
- Oui. Répond Loïc. C'est ça. Chaque année, depuis ce jour, nous nous réunissons pour faire un grand feu.
- D'ailleurs, dit Joseph, en voyant arriver le propriétaire du gite les bras encombrés, je crois que nous allons commencer!"
Dans un grand mouvement d'ensemble tous se lèvent, en attrapant la
vaisselle, les plats, rentrent en passant par la cuisine, où la table
s'encombre, et filent chercher les "chaumes" qu'ils ont préparés.
Tout le monde se retrouve derrière le gite, au milieu du pré.
Le bucher se dresse au centre d'un espace "aménagé" de quelques chaises de jardin, des bancs en arc de cercle.
Certaines s'enroulent dans des châles, des plaids, d'autres ont enfilé
un pull, un sweat. Annabelle a drapé une couverture sur les épaules
d'Odette, encombrée de son plâtre. La nuit est noire, il faut du temps
pour que les yeux, habitués à la lumière de la terrasse, accommodent.
Joseph et Louis, un sourire jusqu'aux oreilles, s'installent derrière leurs djembés.
Le rythme démarre doucement, l'un en écho de l'autre. Louis ressent le son des percussions. Il vit la musique.
Le propriétaire du gite, Gilles, enflamme les deux bouts d'un bâton avec lequel il commence à jongler. La musique se fait de plus en plus rapide, plus intense, elle répond au
bruit, impressionnant, des flammes. Gilles fait tourner son bâton,
créant des cercles de feu, à droite, à gauche, il lance le bâton
au-dessus de sa tête. Chacun retient son souffle, le rattrape, le fait
tourner autour de son cou.
Des exclamations fusent. Le bruit, comme un souffle rauque, des flammes et la chaleur rayonnante impressionne même les plus aguerris.
"C'est beau!" Chuchote Odette.
Les cercles s'enchainent, la musique roule.
Et quand l'un des côtés du "staff" s'éteint, à bout de carburant, Gilles se sert de l'autre pour allumer le bûcher. Les applaudissements couvrent presque les djembés.
Le feu s'élève, monte vers le ciel étoilé.
Plus personne n'a froid.
Annabelle se met à chanter, Jérémie la rejoint et tous en chœur ils reprennent le refrain.
Alice, Pierrick, Luis dansent. Léa attrape les mains de sa mère pour l'entrainer avec eux.
Odette tape des mains comme une gamine.
Puis vient le temps où le feu s'apaise, les flammes baissent d'intensité.
Le rythme des djembés devient plus doux, plus sourd.
Andrée prend Luis et ensemble ils s'approchent. Ils jettent un petit paquet au milieu des braises. Cela fait des étincelles.
Annabelle s'approche alors avec deux rouleaux enrubannés qui s'enflamment en un instant.
Louis lâche son djembé pour ajouter une enveloppe, relayé par Joseph qui jette une poignée de ce qui ressemble à des confettis. Alice rayonne. Elle apporte des confettis aussi.
"C'est le moment." Dit Andrée à Léa qui jette la photo de son ex au milieu des flammèches.
Je m'approche alors avec la lettre que j'ai écrite pour Thérèse. Pour lui dire tout le mal qu'elle m'a fait. Et je la brûle. Le geste est purement symbolique. Thérèse ne recevra jamais ce courrier mais je l'ai écrit et je m'en suis débarrassée.
Pierrick approche et brûle son dernier paquet de cigarettes. Pour Jérémie ce sera les papiers de la voiture avec laquelle il est sorti de la route, il y quelques mois. Loïc embrase une petite branche du tilleul qu'il a dû faire abattre dans la cour de l'auberge parce qu'il était mort.
Odette ronchonne: "Si elle avait su elle aurait brûlé sa carte de membre de club de bridge. Elle en a perdu la présidence et..."
Annabelle lui propose de brûler un paquet de cartes.
Odette lui répond que, non, ça peut encore servir...
Mais pour l'an prochain, elle se préparera, elle aura, elle aussi, des chaumes à bruler.
Annabelle lève les yeux au ciel et se met à rire.
L'an prochain...
Quoi qu'il arrive l'an prochain nous serons là, les uns pour les autres.
Des exclamations fusent. Le bruit, comme un souffle rauque, des flammes et la chaleur rayonnante impressionne même les plus aguerris.
"C'est beau!" Chuchote Odette.
Les cercles s'enchainent, la musique roule.
Et quand l'un des côtés du "staff" s'éteint, à bout de carburant, Gilles se sert de l'autre pour allumer le bûcher. Les applaudissements couvrent presque les djembés.
Le feu s'élève, monte vers le ciel étoilé.
Plus personne n'a froid.
Annabelle se met à chanter, Jérémie la rejoint et tous en chœur ils reprennent le refrain.
Alice, Pierrick, Luis dansent. Léa attrape les mains de sa mère pour l'entrainer avec eux.
Odette tape des mains comme une gamine.
Puis vient le temps où le feu s'apaise, les flammes baissent d'intensité.
Le rythme des djembés devient plus doux, plus sourd.
Andrée prend Luis et ensemble ils s'approchent. Ils jettent un petit paquet au milieu des braises. Cela fait des étincelles.
Annabelle s'approche alors avec deux rouleaux enrubannés qui s'enflamment en un instant.
Louis lâche son djembé pour ajouter une enveloppe, relayé par Joseph qui jette une poignée de ce qui ressemble à des confettis. Alice rayonne. Elle apporte des confettis aussi.
"C'est le moment." Dit Andrée à Léa qui jette la photo de son ex au milieu des flammèches.
Je m'approche alors avec la lettre que j'ai écrite pour Thérèse. Pour lui dire tout le mal qu'elle m'a fait. Et je la brûle. Le geste est purement symbolique. Thérèse ne recevra jamais ce courrier mais je l'ai écrit et je m'en suis débarrassée.
Pierrick approche et brûle son dernier paquet de cigarettes. Pour Jérémie ce sera les papiers de la voiture avec laquelle il est sorti de la route, il y quelques mois. Loïc embrase une petite branche du tilleul qu'il a dû faire abattre dans la cour de l'auberge parce qu'il était mort.
Odette ronchonne: "Si elle avait su elle aurait brûlé sa carte de membre de club de bridge. Elle en a perdu la présidence et..."
Annabelle lui propose de brûler un paquet de cartes.
Odette lui répond que, non, ça peut encore servir...
Mais pour l'an prochain, elle se préparera, elle aura, elle aussi, des chaumes à bruler.
Annabelle lève les yeux au ciel et se met à rire.
L'an prochain...
Quoi qu'il arrive l'an prochain nous serons là, les uns pour les autres.
jeudi 15 août 2019
Projet, second été. 8.
C'est un projet commencé l'été dernier.
Que j'ai laissé maturer dans un coin, que je reprends et retravaille...
Que j'ai laissé maturer dans un coin, que je reprends et retravaille...
Souvent je ne me sentais "pas là".
Mais les A m'avaient embarqué dans la phase deux de leur projet de sauvetage. Me redonner goût à la vie en me la faisant vivre.
Le projet fresque a démarré. Andrée a "recruté" les jeunes qui voulaient participer. J'ai commencé les portraits. Andrée souhaitait un avant/après.
Ces gosses étaient formidables. Souvent grossiers mais si sensibles. Si naïfs, parfois, curieusement cultivés. Si autocentrés et si empathiques.
Je me suis vite rendu compte qu'il leur manquait quelques clefs, des références. Je voulais leur montrer que la culture n'est pas réservée qu'aux autres. Elle était aussi pour eux. Cela m'a doucement permis de me détacher de moi-même. Mon métier de bibliothécaire est remonté. Je leur ai cherché des livres et comme ce n'était pas simple pour eux, les livres, j'ai cherché comment leur faire découvrir la culture autrement.
Pendant qu'ils travaillaient sur les maquettes de leur fresque, qu'ils organisaient, avec Andrée, des actions pour faire rentrer des sous, je leur ai organisé une virée.
Le début de la guérison. A Roubaix. Oui, une sortie à Roubaix, pas follement exotique, pas follement thérapeutique... Roubaix ne fait pas forcément rêver. Et pourtant, Roubaix... Cela m'a fait un bien énorme.
J'ai cherché ce qui pouvait leur convenir, dans le secteur et je l'ai trouvé à Roubaix "Street génération(s), 40 ans d'urbain". J'ai organisé le déplacement, train régional, tram. J'ai réservé les billets, les pique niques, trouvé des accompagnateurs et je leur ai "vendu "la sortie.
Des gamins avaient protesté: "Une expo! On est pas au collège!"
Mais ils sont tous venus. Avec des adultes très variés: à part "Dédé" (Andrée) et moi il y avait un animateur de la maison pour tous, l'adjointe au maire à "la jeunesse et l'éducation" et deux employés communaux, Monique, responsable du restaurant scolaire (chargée des pique-niques) et Luis, responsable de l'entretien des bâtiments et espaces verts de la commune.
L'expo commençait dans la rue! J'ai découvert des artistes dont je ne soupçonnais même pas la richesse! Les portraits de JR, les sérigraphies de Shepard Fairey, les pochoirs de Jef Aérosol, de Vhils, de C215... Et le grand Space invader. Le collectif FAILE...
De la couleur, des couleurs, des gosses scotchés, emballés. Les adultes pas moins. De l'enthousiasme...
Quelle journée formidable! Après l'expo nous sommes allés pique-niquer le long du canal.
Les gosses se charriaient, nous charriaient, nous les adultes.
Ils étaient ravis d'avoir partagé ce moment, d'avoir découvert le street art autrement. Ils avaient du mal à se remettre d'avoir découvert que les streets artistes pouvaient, étaient, des "vieux". Ils nous ont regardés autrement. Cherchant le jeune sous la surface peut être...
Grâce à eux, à leur "fraicheur", j'ai pris un grand plaisir à faire leurs portraits, le portrait de leurs rêves. Leurs rêves d'un présent différent, comme moi, leurs rêves d'avenir... Et j'ai commencé à l'envisager pour moi. Aussi.
Avec le reportage sur le projet de la fresque je me suis retrouvée à écrire plusieurs heures par jour. Et j'y ai pris plaisir.
"Quelqu'un aurait-il du café?" Maugréé Annabelle, réveillée trop tôt, ou trop tard, de la sieste.
"De quoi parliez-vous?"
Les bébés, les petits, et les grands, émergent. Les compotes, la salade de fruits et les glaces font leur apparition.
Puis Pierrick annonce une surprise: pas très loin il y a un ruisseau dans lequel on peut barboter. Cela provoque une vraie effervescence. On retourne les sacs pour trouver les maillots de bain et les serviettes. On s'exclame. Et les adultes ne sont pas les moins excités.
Odette râle carrément: "Si j'avais su j'aurais emmené mon maillot!"
Annabelle lève les yeux au ciel: "Vous voulez que je vous en prête un? Je dois avoir un bikini dans le fond de ma valise."
Odette la regarde avec des yeux ronds. D'autant plus ronds que c'est la vérité.
Mais les A m'avaient embarqué dans la phase deux de leur projet de sauvetage. Me redonner goût à la vie en me la faisant vivre.
Le projet fresque a démarré. Andrée a "recruté" les jeunes qui voulaient participer. J'ai commencé les portraits. Andrée souhaitait un avant/après.
Ces gosses étaient formidables. Souvent grossiers mais si sensibles. Si naïfs, parfois, curieusement cultivés. Si autocentrés et si empathiques.
Je me suis vite rendu compte qu'il leur manquait quelques clefs, des références. Je voulais leur montrer que la culture n'est pas réservée qu'aux autres. Elle était aussi pour eux. Cela m'a doucement permis de me détacher de moi-même. Mon métier de bibliothécaire est remonté. Je leur ai cherché des livres et comme ce n'était pas simple pour eux, les livres, j'ai cherché comment leur faire découvrir la culture autrement.
Pendant qu'ils travaillaient sur les maquettes de leur fresque, qu'ils organisaient, avec Andrée, des actions pour faire rentrer des sous, je leur ai organisé une virée.
Le début de la guérison. A Roubaix. Oui, une sortie à Roubaix, pas follement exotique, pas follement thérapeutique... Roubaix ne fait pas forcément rêver. Et pourtant, Roubaix... Cela m'a fait un bien énorme.
J'ai cherché ce qui pouvait leur convenir, dans le secteur et je l'ai trouvé à Roubaix "Street génération(s), 40 ans d'urbain". J'ai organisé le déplacement, train régional, tram. J'ai réservé les billets, les pique niques, trouvé des accompagnateurs et je leur ai "vendu "la sortie.
Des gamins avaient protesté: "Une expo! On est pas au collège!"
Mais ils sont tous venus. Avec des adultes très variés: à part "Dédé" (Andrée) et moi il y avait un animateur de la maison pour tous, l'adjointe au maire à "la jeunesse et l'éducation" et deux employés communaux, Monique, responsable du restaurant scolaire (chargée des pique-niques) et Luis, responsable de l'entretien des bâtiments et espaces verts de la commune.
L'expo commençait dans la rue! J'ai découvert des artistes dont je ne soupçonnais même pas la richesse! Les portraits de JR, les sérigraphies de Shepard Fairey, les pochoirs de Jef Aérosol, de Vhils, de C215... Et le grand Space invader. Le collectif FAILE...
De la couleur, des couleurs, des gosses scotchés, emballés. Les adultes pas moins. De l'enthousiasme...
Quelle journée formidable! Après l'expo nous sommes allés pique-niquer le long du canal.
Les gosses se charriaient, nous charriaient, nous les adultes.
Ils étaient ravis d'avoir partagé ce moment, d'avoir découvert le street art autrement. Ils avaient du mal à se remettre d'avoir découvert que les streets artistes pouvaient, étaient, des "vieux". Ils nous ont regardés autrement. Cherchant le jeune sous la surface peut être...
Grâce à eux, à leur "fraicheur", j'ai pris un grand plaisir à faire leurs portraits, le portrait de leurs rêves. Leurs rêves d'un présent différent, comme moi, leurs rêves d'avenir... Et j'ai commencé à l'envisager pour moi. Aussi.
Avec le reportage sur le projet de la fresque je me suis retrouvée à écrire plusieurs heures par jour. Et j'y ai pris plaisir.
"Quelqu'un aurait-il du café?" Maugréé Annabelle, réveillée trop tôt, ou trop tard, de la sieste.
"De quoi parliez-vous?"
Les bébés, les petits, et les grands, émergent. Les compotes, la salade de fruits et les glaces font leur apparition.
Puis Pierrick annonce une surprise: pas très loin il y a un ruisseau dans lequel on peut barboter. Cela provoque une vraie effervescence. On retourne les sacs pour trouver les maillots de bain et les serviettes. On s'exclame. Et les adultes ne sont pas les moins excités.
Odette râle carrément: "Si j'avais su j'aurais emmené mon maillot!"
Annabelle lève les yeux au ciel: "Vous voulez que je vous en prête un? Je dois avoir un bikini dans le fond de ma valise."
Odette la regarde avec des yeux ronds. D'autant plus ronds que c'est la vérité.
Une demie heure plus tard toute la compagnie est au bord de l'eau.
Odette, un peu boudinée dans le maillot à pois de sa belle fille, marche dans le ruisseau, en se tenant aux branches du saule, rêveuse.
Et c'est Annabelle, royalement assise dans le ruisseau, sur une pierre plate, son "trône", qui reprend le fil du récit.
"Et puis j'ai embarqué Aimée..."
Elle était arrivée un matin. Une vraie tornade. Le reportage sur la fresque était bien avancé, les portraits "avant" étaient en ligne sur le blog, un premier rendez-vous avait eu lieu avec Mr Plume. Et une date avait été fixée pour la réalisation en elle-même quelques semaines plus tard.
"Puisque te voilà écrivain public (c'était la première fois qu'on me qualifiait ainsi) je t'embauche pour faire la promotion de notre action. Je ne peux pas te payer mais tes frais de voyage seront entièrement pris en charge.
- Frais de voyage? J'étais interloquée.
- Nous partons pour l'Afrique dans 10 jours. Et dès demain tu vas suivre les préparatifs de ce voyage. Ce n'est pas une proposition, c'est un ordre! Tu termineras ton reportage sur la fresque quand elle sera réellement en chantier."
Et dès le lendemain j'ai débuté la double tâche de rédiger une plaquette sur CARE et son action au Tchad et écrire sur Annabelle, elle-même. Sur le handicap et sur la vie professionnelle, sur le handicap et la vie en général.
Odette s'étonne: "Il y a un livre sur Annabelle?"
Celle-ci bougonne: "Oui, adressé uniquement à ceux et celles qui se retrouvent handicapés!"
Au contraire ce livre est adressé à ceux qui ne le sont pas mais, bien sur, surtout pas à Odette...
Annabelle ne m'a pas demandé ce livre. C'est de ma propre initiative que je l'ai écrit. Vivre un mois à ses côtés m'a fait changer définitivement de point de vue sur le handicap.
Le handicap n'est qu'une donnée parmi d'autres, quasiment un détail quand on est emporté dans le sillage d'Annabelle.
"Écrire sur Annabelle a été mon premier projet vraiment personnel.
- A part la sortie à Roubaix. Ponctue Andrée.
- A part la sortie à Roubaix. Mais cette sortie c'était... Comment dire? Les circonstances qui me l'ont dicté. Là c'était en toute conscience, en quelque sorte, que je l'ai décidé.
Annabelle rit, un peu gênée. Je reprends:
"Annabelle c'est tout d'abord l'organisation. Elle fait une liste, un tableau, un schéma, prend son téléphone, son ordi et hop! C'est une machine bien huilée qui se met en branle.
- Bah, c'est mon métier. Rétorque Annabelle.
- Peut-être mais c'est impressionnant! A peine j'étais arrivée chez toi, à peine j'ai eu le temps de faire connaissance de Damien que, zou, nous étions dans l'avion.
- Je n'ai jamais été en Afrique. Dit rêveusement Léa.
- Et bien... C'est... Dépaysant. Pour le moins! Nous avons atterri à N'djaména et nous avons été dans l'ambiance immédiatement. La chaleur, l’attente, la poussière. Les couleurs, les odeurs, le bruit...
Je me suis sentie larguée."
Je m'étais mise dans le sillage d'Annabelle et j'avais essayé de ne rien rater, pas une photo, pas un témoignage, pas une action.
"Mais que faisiez-vous au Tchad?" Demande Léa.
Annabelle lui répond:
"J'assurais une mission logistique pour une ONG. J'apportais des équipements pour des antennes gynécologiques "de campagne", des toilettes mobiles, des panneaux solaires, du matériel pédagogique. Je devais aussi rencontrer les acteurs locaux pour déterminer les besoins, humains, de formation, en matériel.
Et je voulais montrer ce pays magnifique, ces gens formidables à Aimée.
- Ce n'est pas un peu risqué, le Tchad? Demande Léa.
- Oh, si! Il y a des risques! Surtout dans le Nord du pays. Boko Haram y est encore très présent. C'est un pays en guerre.
- Mais... Odette est bouleversée.
- Je n'y suis plus retournée depuis que nous avons des enfants, Odette. Je travaille maintenant dans des pays plus sûrs. Mais vous savez, on peut se faire renverser en sortant de chez soi..."
Odette bougonne.
Je reprends:
"Le Tchad m'a beaucoup apporté. Et j'en ai ramené un nouveau projet de vie. Avec ce voyage j'ai trouvé vers où aller. Quand nous sommes rentrées au bout de trois semaines j'avais deux livres à écrire. Et pour cela il me fallait un endroit, un chez moi. Je ne pouvais pas continuer à squatter le clic-clac du bureau de Damien!
- Et chez moi il n'y avait plus de place. Ajoute Andrée. J'hébergeais les petites de Mona pendant sa désintox. Le père des gamines venait de partir en prison pour un bon moment et elle savait qu'il fallait qu'elle réagisse si elle ne voulait pas en perdre la garde."
De grandes gerbes d'eau coupent soudain la parole et le souffle. Des cris fusent, des rires éclatent. Ceux qui hésitaient encore se retrouvent trempés. Les enfants exultent. De beaux souvenirs sont en train de se tricoter.
Andrée recule, prend des photos. Luis lui ordonne de poser son appareil et la poursuit en riant.
"Merde! Dit Annabelle. Damien aurait adoré!"
Joseph, qui porte Angie, lui trempe les orteils, lui mouille les jambes, la porte au-dessus du courant pour qu'elle attrape l'eau. Elle éclate de rire.
Un rire qui emporte tout le monde. A peine si Odette s'est rendu compte que sa mise en plis est fichue.
Le temps coule joyeusement, comme le ruisseau. Ce sont les petits, affamés qui rappellent aux parents qu'il est temps de rentrer.
Le repas des plus jeunes voisine alors avec les préparatifs de l'apéro pendant qu'Andrée et Luis étendent maillots et serviettes.
Jérémie sort les bières, Annabelle le saucisson et la tapenade, les gamins s'emparent d'un sac de ships.
Mais Odette ne perd pas le nord! Elle veut la fin de "son" histoire.
"Il vous fallait un endroit pour travailler et vous n'aviez plus de chez vous. Vous êtes retournée chez vos parents?
- Heu, non. Je n'y ai même pas pensé!
Alice s'en mêle:
"Elle a pris une des chambres du second.
- Hein? De nouveau Odette et Léa sont synchros.
Alice reprend:
"Au dessus de mon garage il y notre appartement, au premier et un logement "participatif" au second."
En voyant l'air stupéfait d'Odette Alice précise:
"Quand j'ai rénové le second le type avec qui je vivais ne voulait pas de voisins. Il disait qu'il voulait avoir des soirées et des week-ends tranquilles (En fait il voulait pouvoir passer ses nerfs sur elle sans témoin). Alors j'ai loué l'appartement comme salle de réunion et bureaux ponctuels. Ça fonctionnait pas mal mais les clients râlaient parce que c'était au second sans ascenseur et que l'adresse était un peu excentrée.
Et puis, après que j'ai eu viré Sylvain, j'ai eu besoin d'une chambre pour loger un copain devenu SDF. Alors j'ai arrêté de louer et j'ai ouvert l'appartement à ceux qui ont besoin d'un toit le temps de se refaire. En échange ils ou elles me rendent des services ou rendent des services à des personnes de qui je suis redevable."
Odette est bouche bée.
"Vous avez entendu parler du SEL, Système d’Échanges Local? C'est le même principe. Pour faire court, l'une de mes voisines va chercher Louis à l'école, l’emmène chez l'orthophoniste et le garde quelques heures par semaine. En échange je fais la vidange de sa voiture et l'un des habitants du second tond sa pelouse, taille sa haie. Quand je vais chez la coiffeuse, c'est un peu de ménage ou de menues réparations qui servent de payement. J'ai ainsi payé mon pain pendant plusieurs mois quand l'un des "locataires" a repeint la boutique."
Odette n'arrive toujours pas à fermer la bouche.
"Cela fonctionne très bien, vous savez! Andrée est en train de mettre ce système en place dans son coin. Son usine participative part du même principe. Monnaie locale et échange/troc de biens ou de services.
- Je comprends mieux où maman a pêché ses idées! Dit Léa.
- Oh! dit Alice. Cela ne vient pas de moi! C’est en discutant entre nous, les A, que les choses se sont mises en place. Et puis par tâtonnements. Avec l'idée que l'on peut créer une autre société."
J'ajoute:
"Loïc utilise le même mode de fonctionnement pour son auberge. Les clients qui payent couvrent les charges de la structure qui fonctionne grâce aux "services" rendus par les autres habitants de la maison.
- Les autres habitants?" Demande Odette qui a réussi à fermer la bouche mais qui ouvre des yeux comme des soucoupes.
Loïc intervient:
"Des réfugiés, des SDF, des femmes qui fuient leurs maris, des jeunes, des vieux, qui se sont cassés la figure, qui fuient leur vie."
Loïc poursuit:
"Nous avons un potager communautaire, un atelier de rénovation de meubles, d'entretien de cycles. Chaque projet amené par l'un ou l'autre est expérimenté. Nous conservons ceux qui fonctionnent."
Odette, un peu boudinée dans le maillot à pois de sa belle fille, marche dans le ruisseau, en se tenant aux branches du saule, rêveuse.
Et c'est Annabelle, royalement assise dans le ruisseau, sur une pierre plate, son "trône", qui reprend le fil du récit.
"Et puis j'ai embarqué Aimée..."
Elle était arrivée un matin. Une vraie tornade. Le reportage sur la fresque était bien avancé, les portraits "avant" étaient en ligne sur le blog, un premier rendez-vous avait eu lieu avec Mr Plume. Et une date avait été fixée pour la réalisation en elle-même quelques semaines plus tard.
"Puisque te voilà écrivain public (c'était la première fois qu'on me qualifiait ainsi) je t'embauche pour faire la promotion de notre action. Je ne peux pas te payer mais tes frais de voyage seront entièrement pris en charge.
- Frais de voyage? J'étais interloquée.
- Nous partons pour l'Afrique dans 10 jours. Et dès demain tu vas suivre les préparatifs de ce voyage. Ce n'est pas une proposition, c'est un ordre! Tu termineras ton reportage sur la fresque quand elle sera réellement en chantier."
Et dès le lendemain j'ai débuté la double tâche de rédiger une plaquette sur CARE et son action au Tchad et écrire sur Annabelle, elle-même. Sur le handicap et sur la vie professionnelle, sur le handicap et la vie en général.
Odette s'étonne: "Il y a un livre sur Annabelle?"
Celle-ci bougonne: "Oui, adressé uniquement à ceux et celles qui se retrouvent handicapés!"
Au contraire ce livre est adressé à ceux qui ne le sont pas mais, bien sur, surtout pas à Odette...
Annabelle ne m'a pas demandé ce livre. C'est de ma propre initiative que je l'ai écrit. Vivre un mois à ses côtés m'a fait changer définitivement de point de vue sur le handicap.
Le handicap n'est qu'une donnée parmi d'autres, quasiment un détail quand on est emporté dans le sillage d'Annabelle.
"Écrire sur Annabelle a été mon premier projet vraiment personnel.
- A part la sortie à Roubaix. Ponctue Andrée.
- A part la sortie à Roubaix. Mais cette sortie c'était... Comment dire? Les circonstances qui me l'ont dicté. Là c'était en toute conscience, en quelque sorte, que je l'ai décidé.
Annabelle rit, un peu gênée. Je reprends:
"Annabelle c'est tout d'abord l'organisation. Elle fait une liste, un tableau, un schéma, prend son téléphone, son ordi et hop! C'est une machine bien huilée qui se met en branle.
- Bah, c'est mon métier. Rétorque Annabelle.
- Peut-être mais c'est impressionnant! A peine j'étais arrivée chez toi, à peine j'ai eu le temps de faire connaissance de Damien que, zou, nous étions dans l'avion.
- Je n'ai jamais été en Afrique. Dit rêveusement Léa.
- Et bien... C'est... Dépaysant. Pour le moins! Nous avons atterri à N'djaména et nous avons été dans l'ambiance immédiatement. La chaleur, l’attente, la poussière. Les couleurs, les odeurs, le bruit...
Je me suis sentie larguée."
Je m'étais mise dans le sillage d'Annabelle et j'avais essayé de ne rien rater, pas une photo, pas un témoignage, pas une action.
"Mais que faisiez-vous au Tchad?" Demande Léa.
Annabelle lui répond:
"J'assurais une mission logistique pour une ONG. J'apportais des équipements pour des antennes gynécologiques "de campagne", des toilettes mobiles, des panneaux solaires, du matériel pédagogique. Je devais aussi rencontrer les acteurs locaux pour déterminer les besoins, humains, de formation, en matériel.
Et je voulais montrer ce pays magnifique, ces gens formidables à Aimée.
- Ce n'est pas un peu risqué, le Tchad? Demande Léa.
- Oh, si! Il y a des risques! Surtout dans le Nord du pays. Boko Haram y est encore très présent. C'est un pays en guerre.
- Mais... Odette est bouleversée.
- Je n'y suis plus retournée depuis que nous avons des enfants, Odette. Je travaille maintenant dans des pays plus sûrs. Mais vous savez, on peut se faire renverser en sortant de chez soi..."
Odette bougonne.
Je reprends:
"Le Tchad m'a beaucoup apporté. Et j'en ai ramené un nouveau projet de vie. Avec ce voyage j'ai trouvé vers où aller. Quand nous sommes rentrées au bout de trois semaines j'avais deux livres à écrire. Et pour cela il me fallait un endroit, un chez moi. Je ne pouvais pas continuer à squatter le clic-clac du bureau de Damien!
- Et chez moi il n'y avait plus de place. Ajoute Andrée. J'hébergeais les petites de Mona pendant sa désintox. Le père des gamines venait de partir en prison pour un bon moment et elle savait qu'il fallait qu'elle réagisse si elle ne voulait pas en perdre la garde."
De grandes gerbes d'eau coupent soudain la parole et le souffle. Des cris fusent, des rires éclatent. Ceux qui hésitaient encore se retrouvent trempés. Les enfants exultent. De beaux souvenirs sont en train de se tricoter.
Andrée recule, prend des photos. Luis lui ordonne de poser son appareil et la poursuit en riant.
"Merde! Dit Annabelle. Damien aurait adoré!"
Joseph, qui porte Angie, lui trempe les orteils, lui mouille les jambes, la porte au-dessus du courant pour qu'elle attrape l'eau. Elle éclate de rire.
Un rire qui emporte tout le monde. A peine si Odette s'est rendu compte que sa mise en plis est fichue.
Le temps coule joyeusement, comme le ruisseau. Ce sont les petits, affamés qui rappellent aux parents qu'il est temps de rentrer.
Le repas des plus jeunes voisine alors avec les préparatifs de l'apéro pendant qu'Andrée et Luis étendent maillots et serviettes.
Jérémie sort les bières, Annabelle le saucisson et la tapenade, les gamins s'emparent d'un sac de ships.
Mais Odette ne perd pas le nord! Elle veut la fin de "son" histoire.
"Il vous fallait un endroit pour travailler et vous n'aviez plus de chez vous. Vous êtes retournée chez vos parents?
- Heu, non. Je n'y ai même pas pensé!
Alice s'en mêle:
"Elle a pris une des chambres du second.
- Hein? De nouveau Odette et Léa sont synchros.
Alice reprend:
"Au dessus de mon garage il y notre appartement, au premier et un logement "participatif" au second."
En voyant l'air stupéfait d'Odette Alice précise:
"Quand j'ai rénové le second le type avec qui je vivais ne voulait pas de voisins. Il disait qu'il voulait avoir des soirées et des week-ends tranquilles (En fait il voulait pouvoir passer ses nerfs sur elle sans témoin). Alors j'ai loué l'appartement comme salle de réunion et bureaux ponctuels. Ça fonctionnait pas mal mais les clients râlaient parce que c'était au second sans ascenseur et que l'adresse était un peu excentrée.
Et puis, après que j'ai eu viré Sylvain, j'ai eu besoin d'une chambre pour loger un copain devenu SDF. Alors j'ai arrêté de louer et j'ai ouvert l'appartement à ceux qui ont besoin d'un toit le temps de se refaire. En échange ils ou elles me rendent des services ou rendent des services à des personnes de qui je suis redevable."
Odette est bouche bée.
"Vous avez entendu parler du SEL, Système d’Échanges Local? C'est le même principe. Pour faire court, l'une de mes voisines va chercher Louis à l'école, l’emmène chez l'orthophoniste et le garde quelques heures par semaine. En échange je fais la vidange de sa voiture et l'un des habitants du second tond sa pelouse, taille sa haie. Quand je vais chez la coiffeuse, c'est un peu de ménage ou de menues réparations qui servent de payement. J'ai ainsi payé mon pain pendant plusieurs mois quand l'un des "locataires" a repeint la boutique."
Odette n'arrive toujours pas à fermer la bouche.
"Cela fonctionne très bien, vous savez! Andrée est en train de mettre ce système en place dans son coin. Son usine participative part du même principe. Monnaie locale et échange/troc de biens ou de services.
- Je comprends mieux où maman a pêché ses idées! Dit Léa.
- Oh! dit Alice. Cela ne vient pas de moi! C’est en discutant entre nous, les A, que les choses se sont mises en place. Et puis par tâtonnements. Avec l'idée que l'on peut créer une autre société."
J'ajoute:
"Loïc utilise le même mode de fonctionnement pour son auberge. Les clients qui payent couvrent les charges de la structure qui fonctionne grâce aux "services" rendus par les autres habitants de la maison.
- Les autres habitants?" Demande Odette qui a réussi à fermer la bouche mais qui ouvre des yeux comme des soucoupes.
Loïc intervient:
"Des réfugiés, des SDF, des femmes qui fuient leurs maris, des jeunes, des vieux, qui se sont cassés la figure, qui fuient leur vie."
Loïc poursuit:
"Nous avons un potager communautaire, un atelier de rénovation de meubles, d'entretien de cycles. Chaque projet amené par l'un ou l'autre est expérimenté. Nous conservons ceux qui fonctionnent."
"Donc c'est au second étage du garage que je me suis installée. Et c'est
là que je me suis vraiment mise au boulot. J'ai mené de front, en
parallèle, mon reportage sur la fresque, ma guérison, le livre sur
Annabelle, ma guérison, la rédaction du fascicule pour CARE, ma...
- Et la rénovation de ta voiture!" Ajoute Alice, taquine.
- Et la rénovation de ta voiture!" Ajoute Alice, taquine.
mercredi 14 août 2019
Pour ceux qui, comme Simon,...
...ne sont pas fans de mes essais d'écriture ("Non mais Anne, ce qui intéresse les gens c'est les travaux, pas les histoires!"):...
...je vous raconte ce que nous faisons en ce mois d'Août.
Profitant de notre passage au Mans, pour y récupérer Victor et Emma, de retour de Lisbonne, nous avons été rendre visite à Vava et visiter sa maison, terminée,
Et puis il a plu.Si, si nous avons eu de l'eau!
Réré, Laly, Yanis, Louise et Jeanne, sont venus manger à la maison avec Colette, Simon et Cynthia.
Suzanne a invité son amie Nicole qui est restée deux jours.Deux jours où elles ont joué, fait de la pâte à sel (et ruiné la cuisine) et...
...été à la piscine. Jusqu'à ce que l'orage les en chasse!
J'ai ramassé des tomates et nous nous sommes régalé.
Gilles, puis moi, ou le contraire, a emmené, ou ramené,...
...Clovis à la maison natale de Pierre de Ronsard.
Nous avons vidé les toilettes sèches, deux fois plus, parce que les toilettes tradi étaient pleines (et ont fini par se vider par la cuvette!). Nous avons vidé les toilettes tradi aussi (les joies de la campagne profonde).
Et nous avons, tout doucement, continué à travailler dans "la maison de Berthe".Oui, oui, chez nous. C'est la dernière pièce. Celle où nous n'avions rien fait.
Il faut décaisser.
Creuser le sol en terre battue pour drainer, isoler, avant de couler une dalle.Plus tard.
Et en attendant Gilles remblaye les chemin du coin... 3 remorques jusqu'à présent.
Vous allez, de nouveau, entendre parler travaux. Calmement, hein? On est pas pressés...
Projet, second été. 7.
C'est un projet commencé l'été dernier.
Que j'ai laissé maturer dans un coin, que je reprends et retravaille...
Que j'ai laissé maturer dans un coin, que je reprends et retravaille...
"Allez, santé!" Intervient Luis en remplissant les verres.
Chacun prend son verre, grignote une olive, un morceau de saucisson et la discussion redémarre en tout sens, d'un bout l'autre de la table. On prend des nouvelles des uns et des autres, on discute du démarrage en fanfare, avec la TV, nationale en plus, de l'usine participative d'Andrée.
"Hein?" Demande Odette, qui va de surprise en surprise (Annabelle semble se demander si sa belle-mère n'a pas un peu abusé du Porto).
Là, Andrée ne se fait pas prier. Elle explique qu'elle a monté une association qui a aménagé une friche industrielle en ateliers et boutiques participatives. Un lieu coopératif. Des artistes, des artisans, des petits commerçants se sont installés. Un bistro, un resto. Ça marche du tonnerre. Tous les bobos du coin en raffolent.
"C'est devenu un lieu à la mode tout en étant un lieu de vie pour le quartier. Continue Andrée. Et Luis est en train de prolonger le projet à l'extérieur, en aménageant, avec les habitants, un parc, des jardins partagés. La salle de spectacle est pleine tous les week-ends, musique, théâtre... Tous les talents du coin se sont mobilisés."
A l'autre bout de la table c'est le congé parental, voire plus, de Jérémie, qui occupe quelques uns. Sa vraie ambition qui fait jour: devenir père au foyer.
Chacun prend son verre, grignote une olive, un morceau de saucisson et la discussion redémarre en tout sens, d'un bout l'autre de la table. On prend des nouvelles des uns et des autres, on discute du démarrage en fanfare, avec la TV, nationale en plus, de l'usine participative d'Andrée.
"Hein?" Demande Odette, qui va de surprise en surprise (Annabelle semble se demander si sa belle-mère n'a pas un peu abusé du Porto).
Là, Andrée ne se fait pas prier. Elle explique qu'elle a monté une association qui a aménagé une friche industrielle en ateliers et boutiques participatives. Un lieu coopératif. Des artistes, des artisans, des petits commerçants se sont installés. Un bistro, un resto. Ça marche du tonnerre. Tous les bobos du coin en raffolent.
"C'est devenu un lieu à la mode tout en étant un lieu de vie pour le quartier. Continue Andrée. Et Luis est en train de prolonger le projet à l'extérieur, en aménageant, avec les habitants, un parc, des jardins partagés. La salle de spectacle est pleine tous les week-ends, musique, théâtre... Tous les talents du coin se sont mobilisés."
A l'autre bout de la table c'est le congé parental, voire plus, de Jérémie, qui occupe quelques uns. Sa vraie ambition qui fait jour: devenir père au foyer.
Annabelle, elle parle de son Damien
qui a pris la direction d'une grosse école. Il va devoir lever le pied,
un peu, sur son blog sur la parentalité... Lui, lever le pied? J'aime beaucoup Damien. Pour l'amour de sa belle il est sorti de sa zone de confort et a lutté. Il a lutté pour faire accepter sa femme. Pas facile... Damien qui n'aime rien plus que l'harmonie, l'éducation
positive, le dialogue, se dresser face à sa mère. Mais pour sa belle,
son héroïne, il s'est révélé un héros!
Si, si un héros. Peut importe qu'il n'ait pas le physique le l'emploi, petit et rond et légèrement hyperactif, il a agit en héros. Il a tenu bon contre sa mère. Face à sa résistance il a tenté de nombreuses approches, la patience, les "risettes", la colère, l’indifférence, mais les choses ne se sont finalement "normalisées" que quand Damien a tapé du poing sur la table: il épouserait Annabelle et il ne lui demandait pas son avis! Qu'elle soit camionneur (en réalité logisticienne mais Odette n'avait vu que le camion) était une aussi grande fierté pour lui que si elle avait été toubib ou astronaute. Qu'elle soit désormais en fauteuil roulant n'entrait nullement en ligne de compte. Elle était la femme de sa vie et elle serait la mère de ses enfants.
Odette avait fait la tête pendant des jours. Elle avait fait la tête à leur mariage. Elle avait fait la tête à l'annonce de la première grossesse, mais avait fini par céder du terrain quand leur aîné était né. Elle avait complètement baissé les armes quand elle avait perdu son mari. Désormais elle semblait oublier le fauteuil, les voyages et le camion pour prendre plaisir à voir grandir ses petits-enfants.
Si, si un héros. Peut importe qu'il n'ait pas le physique le l'emploi, petit et rond et légèrement hyperactif, il a agit en héros. Il a tenu bon contre sa mère. Face à sa résistance il a tenté de nombreuses approches, la patience, les "risettes", la colère, l’indifférence, mais les choses ne se sont finalement "normalisées" que quand Damien a tapé du poing sur la table: il épouserait Annabelle et il ne lui demandait pas son avis! Qu'elle soit camionneur (en réalité logisticienne mais Odette n'avait vu que le camion) était une aussi grande fierté pour lui que si elle avait été toubib ou astronaute. Qu'elle soit désormais en fauteuil roulant n'entrait nullement en ligne de compte. Elle était la femme de sa vie et elle serait la mère de ses enfants.
Odette avait fait la tête pendant des jours. Elle avait fait la tête à leur mariage. Elle avait fait la tête à l'annonce de la première grossesse, mais avait fini par céder du terrain quand leur aîné était né. Elle avait complètement baissé les armes quand elle avait perdu son mari. Désormais elle semblait oublier le fauteuil, les voyages et le camion pour prendre plaisir à voir grandir ses petits-enfants.
Les salades, les pizzas font leur apparition, chacun se sert et fait passer.
L'émotion retombe alors c'est moi qui reprends:
"Je n'ai quasi pas de souvenirs de votre visite ce jour-là mais je me souviens du lendemain. Un dimanche? Mes parents sont venus me chercher et je me suis retrouvée à l'arrière de la voiture, comme quand j'étais enfant. Je ne savais pas où j'allais. Ils me l'avaient sans doute dit, je ne m'en souvenais pas. Je me suis étonnée que le monde n'ait pas changé depuis la mort de Laurent. Et nous sommes arrivés dans le parc où vous nous attendiez pour pique-niquer. Un peu comme aujourd'hui, on a parlé, vous avez parlé de ci, de ça. J'ai su que Thérèse m'avait chassée de la maison, qu'elle m'avait pris, Bravo, le chien. J'étais sonnée. C'est grâce à Bravo, à ce que vous avez fait, que j'ai su que je pouvais m'en remettre à vous.
- Qu'est-ce qu'ils ont fait pour Bravo? Demande Léa.
- Alors, là, ma cocotte, tu ne vas pas me croire! S'exclame Andrée. Nous l'avons enlevé!
-Hein!" Là c'est Léa et Odette qui s'exclament de concert.
Je vois dans les yeux de Louis qu'il n'en perd pas une miette.
"Quand nous avons appris pour le chien nous avons tout de suite su que nous devions agir." Relate Loïc.
Après les pizzas c'est la salade et le fromage qui arrivent. Il y aura, comme d'habitude, bien trop à manger.
"Nous avons demandé à Aimée l'adresse de ces affreux et ce qu'elle connaissait de leurs habitudes. Puis en laissant Aimée à ses parents, Mona, Alice et Annabelle, nous sommes partis.
- Avant même le dessert! Ajoute Pierrick.
- D'ailleurs on en a sacrifié un bout, du dessert." Dit Loïc, hilare.
Léa, Odette et Louis sont pendus aux lèvres des conteurs qui se régalent de ce souvenir.
"J'étais chargée d'occuper Thérèse et... Comment s’appelait-il déjà? Relate Andrée. Bref! J'ai sonné avec mon gâteau sous le bras et je me suis présentée comme la nouvelle voisine qui venait faire connaissance. Et patati, et patata... Ils n'étaient pas des plus accueillants mais ils ont fini par me faire entrer dans la cuisine. Pas facile de manger du gâteau sur le seuil.
- Tu avais interrompu leur sieste. Maugréais-je.
- Pendant que Thérèse me servait du café...
Je la coupe:
- Infect, son café!
- En effet!"
"Je n'ai quasi pas de souvenirs de votre visite ce jour-là mais je me souviens du lendemain. Un dimanche? Mes parents sont venus me chercher et je me suis retrouvée à l'arrière de la voiture, comme quand j'étais enfant. Je ne savais pas où j'allais. Ils me l'avaient sans doute dit, je ne m'en souvenais pas. Je me suis étonnée que le monde n'ait pas changé depuis la mort de Laurent. Et nous sommes arrivés dans le parc où vous nous attendiez pour pique-niquer. Un peu comme aujourd'hui, on a parlé, vous avez parlé de ci, de ça. J'ai su que Thérèse m'avait chassée de la maison, qu'elle m'avait pris, Bravo, le chien. J'étais sonnée. C'est grâce à Bravo, à ce que vous avez fait, que j'ai su que je pouvais m'en remettre à vous.
- Qu'est-ce qu'ils ont fait pour Bravo? Demande Léa.
- Alors, là, ma cocotte, tu ne vas pas me croire! S'exclame Andrée. Nous l'avons enlevé!
-Hein!" Là c'est Léa et Odette qui s'exclament de concert.
Je vois dans les yeux de Louis qu'il n'en perd pas une miette.
"Quand nous avons appris pour le chien nous avons tout de suite su que nous devions agir." Relate Loïc.
Après les pizzas c'est la salade et le fromage qui arrivent. Il y aura, comme d'habitude, bien trop à manger.
"Nous avons demandé à Aimée l'adresse de ces affreux et ce qu'elle connaissait de leurs habitudes. Puis en laissant Aimée à ses parents, Mona, Alice et Annabelle, nous sommes partis.
- Avant même le dessert! Ajoute Pierrick.
- D'ailleurs on en a sacrifié un bout, du dessert." Dit Loïc, hilare.
Léa, Odette et Louis sont pendus aux lèvres des conteurs qui se régalent de ce souvenir.
"J'étais chargée d'occuper Thérèse et... Comment s’appelait-il déjà? Relate Andrée. Bref! J'ai sonné avec mon gâteau sous le bras et je me suis présentée comme la nouvelle voisine qui venait faire connaissance. Et patati, et patata... Ils n'étaient pas des plus accueillants mais ils ont fini par me faire entrer dans la cuisine. Pas facile de manger du gâteau sur le seuil.
- Tu avais interrompu leur sieste. Maugréais-je.
- Pendant que Thérèse me servait du café...
Je la coupe:
- Infect, son café!
- En effet!"
"Pendant le café, pendant qu'ils essayaient de savoir dans quelle maison
j'avais aménagé, je jouais à l'idiote, les garçons ont enlevé le chien.
Pierrick était au volant, prêt à démarrer, Damien faisait le guet, en
parlant sur son portable, pendant que Loïc et Jérémie se faufilaient
dans le jardin jusqu'au chenil. Un chenil! Pauvre bête!
- Maman! Souffle Léa mi-scandalisée, mi-admirative.
Luis, lui, ne cache pas son admiration:
- Maman! Souffle Léa mi-scandalisée, mi-admirative.
Luis, lui, ne cache pas son admiration:
"Mon héroïne!
- Quand le chien a été à l'abri dans la voiture j'ai reçu un coup de fil de mon "déménageur" qui ne savait pas où se garer..."
Gloussement autour de la table. Louis applaudit.
"Nous avons eu un fou rire nerveux quand nous sommes sortis de la rue." Dit Loïc passant la boîte de glaces à la ronde.
- Quand le chien a été à l'abri dans la voiture j'ai reçu un coup de fil de mon "déménageur" qui ne savait pas où se garer..."
Gloussement autour de la table. Louis applaudit.
"Nous avons eu un fou rire nerveux quand nous sommes sortis de la rue." Dit Loïc passant la boîte de glaces à la ronde.
"Et moi j'ai eu une grosse bouffée d'angoisse en me disant que nous n'avions peut-être pas enlevé le bon chien. Souffle Andrée.
Je ris:
- C'était bien Bravo! Et il n'a plus jamais dormi dans un chenil.
- Non, ce soir-là il a dormi chez tes parents et le lendemain il est monté dans ma voiture, avec toi, pour découvrir le Nord. Ajoute Andrée.
- Je ne me souviens pas tellement du trajet. Je crois que j'ai beaucoup dormi. Je t'entendais discuter avec Mona, cela me berçait....
- Et bien, justement, en parlant de dormir! C'est l'heure de la sieste." Dit Alice qui quitte la table avec Angie pour aller la coucher. Pour aller se coucher. Alice est une grande adepte de la sieste. Annabelle, Pierrick, avec Max et Julia, la suivent.
Ceux qui restent débarrassent la table et se ré installent autour d'un café.
La conversation se fait plus douce, plus intime.
Andrée reprend, presque pour elle-même:
"J'ai installé Aimée à la maison. comme ça, sans vraiment d'objectif. Juste lui offrir un endroit ou se retrouver. Sans contrainte."
Elle se tourne vers sa fille et ajoute:
"C'est ta sœur qui m'a inspiré la suite. Quand elle a su qu'Aimée était chez moi. Elle n'était pas contente, elle croyait que j'étais en train de reproduire la même erreur qu'avec Joséphine. Alors je lui ai dit que ce n'était pas du tout ça. Qu'Aimée était là pour m'aider à écrire la demande subvention pour notre projet de fresque sur la façade de la maison pour tous. Et, pendant que j'y étais, j'ai rajouté qu'elle écrirait une sorte de reportage sur le projet, créerait un blog avec un portrait de chaque participant.
- Quand j'ai entendu ta mère le dire à Lola je me suis dit que c'était une bonne idée. Quelque chose à faire, à mener à bien qui ne soit pas juste réapprendre à dormir ou à me lever le matin."
Je me souviens des efforts que cela m'avait demandé, surtout les premiers jours. Sortir de chez Andrée. Aller à la maison pour tous, à deux rues de là.
J'avais souvent... Envie de me rouler en boule sous la table plutôt que d'écouter ce qui se déroulait lors de la réunion de préparation, d'organisation, du projet d'Andrée.
Je ris:
- C'était bien Bravo! Et il n'a plus jamais dormi dans un chenil.
- Non, ce soir-là il a dormi chez tes parents et le lendemain il est monté dans ma voiture, avec toi, pour découvrir le Nord. Ajoute Andrée.
- Je ne me souviens pas tellement du trajet. Je crois que j'ai beaucoup dormi. Je t'entendais discuter avec Mona, cela me berçait....
- Et bien, justement, en parlant de dormir! C'est l'heure de la sieste." Dit Alice qui quitte la table avec Angie pour aller la coucher. Pour aller se coucher. Alice est une grande adepte de la sieste. Annabelle, Pierrick, avec Max et Julia, la suivent.
Ceux qui restent débarrassent la table et se ré installent autour d'un café.
La conversation se fait plus douce, plus intime.
Andrée reprend, presque pour elle-même:
"J'ai installé Aimée à la maison. comme ça, sans vraiment d'objectif. Juste lui offrir un endroit ou se retrouver. Sans contrainte."
Elle se tourne vers sa fille et ajoute:
"C'est ta sœur qui m'a inspiré la suite. Quand elle a su qu'Aimée était chez moi. Elle n'était pas contente, elle croyait que j'étais en train de reproduire la même erreur qu'avec Joséphine. Alors je lui ai dit que ce n'était pas du tout ça. Qu'Aimée était là pour m'aider à écrire la demande subvention pour notre projet de fresque sur la façade de la maison pour tous. Et, pendant que j'y étais, j'ai rajouté qu'elle écrirait une sorte de reportage sur le projet, créerait un blog avec un portrait de chaque participant.
- Quand j'ai entendu ta mère le dire à Lola je me suis dit que c'était une bonne idée. Quelque chose à faire, à mener à bien qui ne soit pas juste réapprendre à dormir ou à me lever le matin."
Je me souviens des efforts que cela m'avait demandé, surtout les premiers jours. Sortir de chez Andrée. Aller à la maison pour tous, à deux rues de là.
J'avais souvent... Envie de me rouler en boule sous la table plutôt que d'écouter ce qui se déroulait lors de la réunion de préparation, d'organisation, du projet d'Andrée.
mardi 13 août 2019
Projet, second été, 6.
C'est un projet commencé l'été dernier.
Que j'ai laissé maturer dans un coin, que je reprends et retravaille...
Que j'ai laissé maturer dans un coin, que je reprends et retravaille...
Juste quand les enfants, devant nous, découvrent enfin les moutons le souvenir de ce moment me heurte de plein fouet.
La cérémonie émouvante au crématorium, les copains de Laurent, ses collègues, mes copines, mes collègues, les chants et le texte...
"De la vie à la mort, de la naissance à l'absence, l'équation peut se résumer en un mot...
La cérémonie émouvante au crématorium, les copains de Laurent, ses collègues, mes copines, mes collègues, les chants et le texte...
"De la vie à la mort, de la naissance à l'absence, l'équation peut se résumer en un mot...
L'amour.
Celui que l'on donne, celui que l'on reçoit. Celui qui est...
Celui qui saute aux yeux, celui qui s'insinue.
Le coup de foudre, le pierre à pierre.
L'amour...
Un fil, un ruban, une chaine qui nous relie, qui nous unit, nous humains.
L'amour de l'autre, l'Unique. Les yeux dans les yeux, les yeux vers le même horizon.
L’amour des siens, famille, liens gravés, bas-relief...
L'amour.
Faire des autres les siens, aimer les porter, les porter vers l'amour, vers demain.
Devenir le sien de quelqu'un. Famille, tribu, amis.
De maillons en maillons tous liés.
L'amour.
Du beau. Partagé.
D'un arc-en-ciel éphémère, aux pierres dressées des bâtisseurs. Des
cimes enneigées aux vagues enroulées, paysages en couleur, en
profondeur. Et les nuits profondes pailletées d'étoiles. Si petits dans
l'infini.
Des tissus chatoyants aux porcelaines fines, des vitraux lumineux aux
tableaux les plus sombres, de graffs en ciné, de bouquets en parcs
arborés, au long du quotidien... De fauteuils confortables en serviettes
sur le sable. Roulement des vagues sur la plage.
L'amour du bon, en société.
Du pain craquant, aux fruits juteux, du tajine à la choucroute, du
saucisson au poisson, de l'apéro au dessert, sur le pouce ou en banquet.
Autour d'une table, coude à coude...
De la moustache de la bière à la sécheresse d'un alcool fort, du
café, noir, au thé, vert... De la terrasse, en été, au coin de la
cheminée, l'hiver. Un verre, une tasse en silence souriant ou en
bavardages. Refaire, encore et encore, le monde.
L'amour de la vie.
Qui porte en avant.
Qui pousse à apprendre, à découvrir, créer.
Marcher ensemble, tricoter du doux, du chaud, cuisiner pour une tablée, danser, chanter, rire. Fêter le fait d'être ensemble.
Partager un film, un livre, une expo. Filmé, écrit, créé pour partager... D'émotions en émotions en revenir à l'amour.
Et ces rides autour des yeux, celles du sourire, le scintillement des
traces salées des larmes et le réconfort d'une étreinte. La spirale, du
temps, du vent, du passé au futur.
Comme ligne de vie. Qui lance sur la route, voyage. Du sentier autour
de la maison, aux destinations lointaines... L'amour du monde dessine
ses chemins.
L'amour...
Traces d'une vie qui filtre dans les fissures de l’âme, qui éclaire le souvenir de temps partagé, du temps passé, disparu.
L'amour toujours vivant au-delà de l'absence. Fondations, pilier.
De la vie à la mort, de la naissance à l'absence, l'amour."
Et mes parents impuissants qui se tenaient aux aguets. Il y avait eu des
embrassades et des verres de vin blanc (alors que Laurent avait horreur
du blanc!). Et je suis allée aux toilettes.
C'est là que quelque chose a cédé.
J'avais mes règles. Après des semaines de retard. Je saignais. Je
n'attendais pas d'enfant de Laurent. Il disparaissait à jamais.
Mes parents inquiets de ne pas me voir ressortir m'ont trouvée en état de catalepsie.
Les enfants sont ravis. Non seulement il y a des moutons, qui paissent
nonchalamment à quelques mètres d'eux, mais il y aussi un âne! Un
magnifique baudet du Poitou qui allonge son museau curieux et remue les oreilles.
Jérémie et Luis ramassent de l'herbe fraiche qu'ils donnent aux plus
courageux des enfants, Louis, Émile, l'aîné d'Annabelle et Dounia, la
plus grande des fillettes qu'a amenées Andrée (Les filles de, Mona, la voisine. Elles ne vont jamais en vacances, alors... Léa avait sourit, indulgente: On s'est juste serrées dans la voiture).
Odette qui s’apprêtait à demander à Annabelle si elle avait besoin
d'aide s'est reprise à temps en voyant son regard. Elle s'accroche au
bras d'Andrée, qui lève les yeux au ciel, en me chuchotant: "Mais
pourquoi je plais tant aux petites vieilles?"
Léa qui craint qu'Odette ne l'ait entendue claironne:
"Et si on s’asseyait à l'ombre?"
Le talus est presque à la bonne hauteur pour faire banc une fois les
orties et les ronces repérées. Joseph et Pierrick, installés dans l'herbe,
comparent leurs écharpes de portage respectives, parlent tétés (ou
biberons) nocturnes.
Léa me regarde avec tant d'interrogations dans les yeux que je me lance.
"Ils ont parlé de réaction psychologique. Quand je me suis réveillée
trois jours plus tard j'avais tout oublié. Tout. Qui j'étais, quel jour
on était, ce qu'était un jour même."
Le souvenir me coupe le souffle:
J'ouvre les yeux... Sur le rien, sur le blanc. Ou le noir. Sur le
silence. Le silence des mots. Ils ont disparu et je suis soulagée. Je
sais qu'ils recouvrent la douleur. La douleur et la peur de l'absence.
Je préfère l'oubli.
L'infirmière est entrée et le mot infirmière est revenu. Elle m'a
saluée, joyeuse: "Bonjour! Vous êtes éveillée, c'est formidable! Vous
avez faim?" Et la faim est revenue. Le mot et la sensation. Et pourtant
je ne veux pas!!! Je sais que cela va me faire mal quand cela va
revenir...
Je sais que cela va me faire mal...
Je ne veux pas revenir. J'ai lâché la rampe, je me suis laissé couler.
Ça je sais. Mais je ne veux rien savoir de plus. C'est sûr c'est moche,
c'est sanglant, c'est douloureux. Je ne veux pas souffrir.
Je suis seule et je dérive...
"Je me suis retrouvée dans un service de tri. Psychiatrique. C'est là qu'ils m'ont retrouvée. Les A."
Je sens sur moi le regard de Loïc et c'est doux. Il m'envoie un baiser avec les doigts. Je lui rends.
"Ça n'a pas été simple d'arriver jusqu'à elle! Renchérit Annabelle. Nous
avons appelés tous les hôpitaux en demandant à lui parler. Jusqu'à ce
qu'on dise qu'elle ne pouvait pas nous répondre au lieu de "Nous n'avons pas de patient de ce nom chez nous".
- Une fois l'hôpital trouvé ce n'était pas encore gagné. Dit Alice. Nous
n'étions pas de la famille, nous ne pouvions pas avoir de nouvelles par
téléphone.
- Nous avons pris contact avec les parents d'Aimée. Enfin Andrée, a
recherché les parents d'Aimée et a pris contact avec eux. Pour en savoir
plus. Et le plus nous a navrés. Aimée était hospitalisée quasi muette,
stupéfaite. De plus, si elle avait obtenu la crémation, les parents de
Laurent s'étaient emparés de l'urne pour la placer, contre son avis,
dans le columbarium du cimetière avec le curé et tout le tremblement
catholique. Pour couronner le tout ils avaient réuni ses affaires, comme
elle était à l’hôpital, et les avaient fait livrer chez eux. Elle
n'avait plus de maison. Non plus."
Il y a un moment de silence.
"Thérèse, la sorcière!" Murmurais-je.
Odette s'étouffe, scandalisée.
L'âne qui s'est lassé, fait demi tour. Les enfants veulent retourner
faire des cabanes. Le convoi se reforme, en bon ordre, et repart en sens
inverse.
"Le cercle des A a crépité, je t'assure. Raconte Andrée. Par message
privé partagé (Odette prend un air entendu). Nous avons tout su de tout
le monde du coup! Où on habitait, et avec qui. Qui pouvait prendre des
jours...
- Il nous semblait insupportable qu'Aimée, notre Aimée, qui nous avait
tant soutenus soit enfermée! Dit Alice. Alors nous avons établi un plan
en deux volets.
- Nous avons présenté notre plan à tes parents. Me dit Andrée. Ils ont demandé à nous rencontrer et du temps pour réfléchir.
Je m'exclame: "Alors vous avez fait le voyage!"
Jérémie rit:
"Nous nous sommes donné rendez-vous à quelques rues de chez tes parents."
"C'était bizarre, on ne se connaissait pas. Ajoute Annabelle. Mais
j'étais sûre que tout le monde me reconnaitrait avec mon fauteuil
roulant. Et puis, avec Damien, nous étions arrivés les premiers. Je
guettais, impatiente. Comme pour un premier rendez-vous.
- Oh? Toi aussi? Rétorque Alice.
- Quand je suis arrivée avec Loïc, qui s'était proposé de m'accompagner pour que je ne fasse pas la route seule, tu paraissais si... Cool!
- Je m'étais posé la question, bisou or not bisou, et quand je t'ai vue, grand sourire aux lèvres, ça a été réglé! Bisous.
- Et même régime pour moi, quand je suis arrivée avec ma voisine Mona. Dit Andrée. Vous paraissiez tellement jeunes! Presque autant que mes filles. Vous l'êtes toujours d'ailleurs!
- Du coup quand je suis arrivé avec Pierrick (c'est curieux mais ils arrivent toujours les derniers) nous n'avons eu juste qu'à nous insérer. Le cercle était formé.
Nous voilà de retour au gîte.
"Apéro!" Lance Loïc. Et nous nous réunissons autour de la table.
"Tu as noté tout ce que nous t'avons raconté jusque-là? Demande Loïc.
- Oui, c'est vrai! Réplique Annabelle. J'ai toujours trouvé incroyable ta manière d'écrire! Tu écoutes, tu rumines, tu t'occupes de tout autre chose et d'un seul coup tu te jettes sur ton stylo.
- Moi je qui me sidère c'est cette capacité à écrire dans le bruit, au milieu d'une fête, d'une réunion, dans un café. Ajoute Andrée.
- Ben... Je toussote. Je ne sais pas comment cela fonctionne en fait mais c'est exactement ça. Je n'ai besoin de noter que les grandes lignes, les dates (là je les connais depuis le début). J'écoute, je laisse macérer, maturer, jusqu'à ce que cela soit mûr."
"Incroyable! Dit Odette. Alors tu écris des livres? Tu es écrivaine?"
Annabelle lève les yeux au ciel, Léa glousse.
J'essaie de remobiliser les troupes:
"Vous en étiez à la visite chez mes parents.
- Oui! Réplique Alice. Après un conciliabule dans le café nous avons laissé nos "accompagnateurs" partir à la recherche d'un endroit où dormir et nous, les A, sommes allés voir tes parents.
- Les pauvres! Dit Andrée. Ils étaient complètement perdus. Ta mère n'arrêtait pas de pleurer, ton père n'arrêtait pas de répéter "Je ne comprends pas, je ne comprends pas!" Tes affaires étaient empilées dans l'entrée et le salon. Cela nous semblait totalement inhumain que l'on puisse agir ainsi.
- Thérèse la sorcière! Dis-je, comme une ponctuation. Alors, ils ont marché, mes parents?"
Ce n'est quasi pas une question. Je sais qu'ils ont marché, qu'ils ont donné leur feu vert.
"Oui. Répond Jérémie. A condition que tu sois d'accord et que ton psy signe ta sortie.
- Alors vous êtes venus me voir...
- Le lendemain, oui." Chuchote Annabelle.
- Oh? Toi aussi? Rétorque Alice.
- Quand je suis arrivée avec Loïc, qui s'était proposé de m'accompagner pour que je ne fasse pas la route seule, tu paraissais si... Cool!
- Je m'étais posé la question, bisou or not bisou, et quand je t'ai vue, grand sourire aux lèvres, ça a été réglé! Bisous.
- Et même régime pour moi, quand je suis arrivée avec ma voisine Mona. Dit Andrée. Vous paraissiez tellement jeunes! Presque autant que mes filles. Vous l'êtes toujours d'ailleurs!
- Du coup quand je suis arrivé avec Pierrick (c'est curieux mais ils arrivent toujours les derniers) nous n'avons eu juste qu'à nous insérer. Le cercle était formé.
Nous voilà de retour au gîte.
"Apéro!" Lance Loïc. Et nous nous réunissons autour de la table.
"Tu as noté tout ce que nous t'avons raconté jusque-là? Demande Loïc.
- Oui, c'est vrai! Réplique Annabelle. J'ai toujours trouvé incroyable ta manière d'écrire! Tu écoutes, tu rumines, tu t'occupes de tout autre chose et d'un seul coup tu te jettes sur ton stylo.
- Moi je qui me sidère c'est cette capacité à écrire dans le bruit, au milieu d'une fête, d'une réunion, dans un café. Ajoute Andrée.
- Ben... Je toussote. Je ne sais pas comment cela fonctionne en fait mais c'est exactement ça. Je n'ai besoin de noter que les grandes lignes, les dates (là je les connais depuis le début). J'écoute, je laisse macérer, maturer, jusqu'à ce que cela soit mûr."
"Incroyable! Dit Odette. Alors tu écris des livres? Tu es écrivaine?"
Annabelle lève les yeux au ciel, Léa glousse.
J'essaie de remobiliser les troupes:
"Vous en étiez à la visite chez mes parents.
- Oui! Réplique Alice. Après un conciliabule dans le café nous avons laissé nos "accompagnateurs" partir à la recherche d'un endroit où dormir et nous, les A, sommes allés voir tes parents.
- Les pauvres! Dit Andrée. Ils étaient complètement perdus. Ta mère n'arrêtait pas de pleurer, ton père n'arrêtait pas de répéter "Je ne comprends pas, je ne comprends pas!" Tes affaires étaient empilées dans l'entrée et le salon. Cela nous semblait totalement inhumain que l'on puisse agir ainsi.
- Thérèse la sorcière! Dis-je, comme une ponctuation. Alors, ils ont marché, mes parents?"
Ce n'est quasi pas une question. Je sais qu'ils ont marché, qu'ils ont donné leur feu vert.
"Oui. Répond Jérémie. A condition que tu sois d'accord et que ton psy signe ta sortie.
- Alors vous êtes venus me voir...
- Le lendemain, oui." Chuchote Annabelle.
"C'est incroyable cette histoire! S'exclame Odette. Vous ne vous connaissiez pas!
- Bah! Si en fait. Dit Alice. Nous avions tellement échangé, sur tout, sur rien, tellement partagé, nos joies, nos difficultés, que nous nous connaissions bien.
- Nous avons passé une soirée très sympa, ensemble, puis nous avons passé une nuit dans ce truc cubique et bruyant qu'ils osent appeler hôtel! J'en ai profité pour noter tout ce qu'il ne fallait pas faire pour mon futur projet. Dit Loïc.
- Nous étions tous très impatients de te rencontrer tout en étant très inquiets de ton état." Ajoute Andrée.
- Nous savions à quoi tu ressemblais, désormais. Jérémie avait discrètement photographié un portrait de toi chez tes parents." Raconte Annabelle.
- Grâce à eux nous avions un droit de visite pour ce samedi après-midi. Ils discutaient aussi avec le psy d'une permission de sortie et avançaient les pions pour ta sortie définitive. Dit Jérémie.
- Nous n'avions pris qu'une seule voiture, celle d'Annabelle, qu'elle conduisait et à part Jérémie, qui faisait le copilote et indiquait la route, personne ne parlait. Raconte Andrée.
- Nous nous sommes garés assez loin. Comme si nous avions encore besoin de temps. Nous avons été inscrits en tant que visiteurs puis nous sommes entrés. Je ne sais pas si tu te souviens comme l'endroit était lumineux... Un couloir blanc, vitré d'un côté, qui faisait le tour d'un patio central. C'est dans ce patio que nous t'avons trouvée. Tu étais assise sur un banc, les mains entre les genoux, affaissée, les yeux dans le vague. Nous étions... Interdits. Jusqu'à ce qu'Annabelle fasse le premier pas.
- Enfin. Enchaina Annabelle, riant, des larmes plein les yeux. La première roue. J'ai roulé jusqu'à toi, je t'ai pris les mains et je t'ai appelée Aimée, mon Aimée. Tu t'es mise à pleurer en disant "J'ai eu mes règles, il est mort, maintenant c'est fini, il a disparu."
Andrée, très émue, poursuit:
- Bah! Si en fait. Dit Alice. Nous avions tellement échangé, sur tout, sur rien, tellement partagé, nos joies, nos difficultés, que nous nous connaissions bien.
- Nous avons passé une soirée très sympa, ensemble, puis nous avons passé une nuit dans ce truc cubique et bruyant qu'ils osent appeler hôtel! J'en ai profité pour noter tout ce qu'il ne fallait pas faire pour mon futur projet. Dit Loïc.
- Nous étions tous très impatients de te rencontrer tout en étant très inquiets de ton état." Ajoute Andrée.
- Nous savions à quoi tu ressemblais, désormais. Jérémie avait discrètement photographié un portrait de toi chez tes parents." Raconte Annabelle.
- Grâce à eux nous avions un droit de visite pour ce samedi après-midi. Ils discutaient aussi avec le psy d'une permission de sortie et avançaient les pions pour ta sortie définitive. Dit Jérémie.
- Nous n'avions pris qu'une seule voiture, celle d'Annabelle, qu'elle conduisait et à part Jérémie, qui faisait le copilote et indiquait la route, personne ne parlait. Raconte Andrée.
- Nous nous sommes garés assez loin. Comme si nous avions encore besoin de temps. Nous avons été inscrits en tant que visiteurs puis nous sommes entrés. Je ne sais pas si tu te souviens comme l'endroit était lumineux... Un couloir blanc, vitré d'un côté, qui faisait le tour d'un patio central. C'est dans ce patio que nous t'avons trouvée. Tu étais assise sur un banc, les mains entre les genoux, affaissée, les yeux dans le vague. Nous étions... Interdits. Jusqu'à ce qu'Annabelle fasse le premier pas.
- Enfin. Enchaina Annabelle, riant, des larmes plein les yeux. La première roue. J'ai roulé jusqu'à toi, je t'ai pris les mains et je t'ai appelée Aimée, mon Aimée. Tu t'es mise à pleurer en disant "J'ai eu mes règles, il est mort, maintenant c'est fini, il a disparu."
Andrée, très émue, poursuit:
"Nous t'avons serrée dans nos bras chacun
notre tour. Nous nous sommes présentés. Et avant de partir nous t'avons
dit que nous allions nous occuper de toi."
Je me rends compte que des larmes coulent sur mon visage. Je prends le mouchoir en papier que me tend Loïc. Il en distribue à la ronde en remerciant Pierrick d'avoir pensé à en prendre.
Je me rends compte que des larmes coulent sur mon visage. Je prends le mouchoir en papier que me tend Loïc. Il en distribue à la ronde en remerciant Pierrick d'avoir pensé à en prendre.
lundi 12 août 2019
Projet 52: pour toi les vacances c'est...
Une photo par semaine avec Virginie.
Semaine 32: pour toi les vacances c'est...
Semaine 32: pour toi les vacances c'est...
C'est...
Du doux, du sucré, du goûtu.
Du temps calme. Du temps pour faire. Ou ne rien faire. Des bouquins, des séries, éventuellement. Du beau temps. Et un peu de pluie, et de vent, de temps en temps pour faire contraste. La tribu réunie plusieurs fois par semaine pour manger, pour jouer. Et le repas chez maman, avec Réré, Laly, Yanis, Louise et Jeanne, qui se délocalise chez nous (c'est plus grand).
C'est aussi du collant, du poisseux.
De petits asticotages, des pailles remarquées alors que les poutres...
Et c'est des noyaux.
Des repas à faire, deux fois par jour, encore et toujours. Et la soupe à la grimace parce que (au choix ou s'ajoutant) c'est froid (salades!), c'est trop/pas assez épicé, toujours la même chose, c'est encore des légumes, le pain n'est pas bon, le frigo est vide, le...
Du rangement et du ménage. Éternellement recommencé. Frigo/four/micro onde astiqués que personne ne remarque. Carreaux fait que tout le monde remarque: "C'est pas une réussite ton affaire! Il y a plein de traces." Machine à remplir, machine à vider.
Linge à pendre, à dépendre (et ça fait des marques d'épingles à linge!).
Des courses à faire. Et un frigo toujours vide.
Toilettes à vider, les sèches et les tradis, bouchées...
Les vacances, pour moi, c'est des fruits ramassés dans l'arbre, ou au sol, pas traités, bien sucrés, parfait pour faire des tartes et des clafoutis (tiens, là, personne ne fait la fine bouche), à partager.
Inscription à :
Articles (Atom)