Nous étions 4 sœurs (pendant un bon moment) et j'ai, une année, en CP, il y a fort, fort longtemps, été scolarisée à l'école des filles (avant que la mixité devienne la norme).
D'aussi loin que je me souvienne le fait être une fille ne m'a jamais interpellé. Je ne me rappelle pas du moment où j'ai compris (y a-t-il un moment précis pour cela?) que l'humanité était scindée en deux.
En récréation, quand je jouais (le plus souvent je lisais) c'était aux gendarmes et aux voleurs. Je ne participais pas aux jeux des filles, corde, élastique, pas plus (encore moins, je le prenais toujours dans la tête) qu'au ballon avec les garçons.
Au collège aussi j'étais à coté de la plaque.
Les garçons n'existaient pas autrement que comme ceux qui bousculent, ceux qui crachent (à éviter pour avoir la paix). Je me souviens juste de la surprise, un jour, de réaliser que la fratrie de trois garçons (les fils d'amis de nos parents) n'avaient aucune idée, à 15/16 ans, de ce qu'étaient les règles (!). Quels curieux spécimens!
Les filles étaient celles qui jaugeaient, jugeaient, cataloguaient (à éviter pour avoir la paix)... Elles formaient des grappes, aux pieds des escaliers, squattaient les bancs les mieux placés et pesaient allure, vêtements, maquillage. La futilité comme mesure de l'être. Être une vraie fille (Je ne me sentais pas concernée, je ne devais pas l'être, je ne l'étais pas suivant leurs critères).
Et, le temps passant, je me rends compte que la pression mise sur les femmes l'est, en grande partie, du fait des femmes.
Un bon paquet de nanas jaugent, jugent, cataloguent. Culpabilisent, excluent...
Je vois Suzanne, ma fille, élevée au milieu de quatre frères, par une mère réfractaire à tout dictat de la mode, se soucier sans cesse de son apparence. Réfléchir à sa tenue, sa coiffure, refuser de sortir de la maison sans maquillage (même pour aller à la salle de sport, surtout quand elle sort avec ses copines).
J'en discute avec elle de façon informelle, l'air de ne pas y toucher. Est-ce pour les garçons qu'elle s'apprête? Elle me répond, du tac au tac, surprise (limite vexée), non, bien sûr, c'est pour les filles [qui jugent]! Il faut être... Dans la norme. C'est valable aussi, dans une certaine mesure, pour les garçons, tous, il faut juste les regarder à la sortie du lycée, affublés de buissons de boucles et, pour certains, moustaches très "in" (Je soupçonne que dans leur cas ce soit le regard des filles qui importe).
Est-ce par manque d'assurance que les filles, celles de MeToo, se ficellent mutuellement dans des regards acérés?
Les plus âgées ne sont pas en reste.
Jugeant celles-ci trop grosses, celles-là trop maigres. Mal fagotées, mal accompagnées, mal "baisées".
Mères trop dures, trop permissives, trop présentes, pas assez impliquées, donneuses de leçons (!!), prétentieuses, trop faibles, trop dures.
Trop jeunes pour... Passées de date...
Et, sans problème, elles ont des avis, qu'elles donnent, sur la supposée sexualité de Dame voisine, de la copine de Machine, de la cousine de Trucmuche... Célibataire ou divorcée, attention danger!
Celles ci l'ouvrent trop, celles là sont les carpettes.
Trop grandes, trop petites, trop blanches, trop bronzées, trop...
Pas assez dans la norme. Norme de fille bien? De femme correcte? De la mamie "à sa place"?
Je regarde ma fille et je me demande où, quand, comment, j'ai laissé "les femmes" peser autant sur elle (je sais aussi qu'elle a 16 ans, qu'elle est une femme en construction, que la confiance vient avec l'âge (perso je suis restée transparente si longtemps...)).
Je me demande: Être ou ne pas être une vraie fille?

















