Cette semaine je me suis amusée à mélanger la consigne de l'atelier d'écriture
Kaleïdoscope (Vous avez hérité de la part d'un lointain cousin d'une clé ! Celle d'un coffre, accompagnée de ce mot "
Dans les cas hasardeux, il faut brusquer la chance..." Vous bâtissez des rêves fous. Mais qu'allez-vous vraiment trouver à l'intérieur ?) et le tableau de
Lavieko et cela donne:
"Dans les cas hasardeux, il faut brusquer la chance..."
Comme c'est étrange. Pourquoi est-ce que Louis considérait qu'elle devait brusquer la chance?
L'enveloppe
qui porte cette inscription lui est adressée, il n'y a pas d’ambiguïté.
Pourtant jamais Agathe ne s'en est remise au hasard, à la chance. Elle a
toujours tout calculé, pour réussir. Depuis son entrée à l'école, pour
faire plaisir à sa mère, attirer l'attention de son père, ils l'avaient
conçue distraitement, l'élevaient de même, forts occupés d'eux-mêmes.
Puis tout au long de ses études, qu'elle programma pour se distinguer,
pour sortir du lot.
Et là, quelques jours après avoir vu son
cercueil disparaitre pour la crémation elle n'a pas l'impression d'en
avoir, de la chance...
Louis aussi, elle l'avait évalué, calculé,
elle avait estimé, pesé son "potentiel" avant de l'épouser. Un mariage
comme un montage financier, avec des avoirs, des déficits... Un contrat
qui leur apportait satisfaction à tous les deux. Encore que...
Elle
s'en rend compte maintenant, maintenant qu'il n'est plus, il a plus
apporté, plus donné qu'elle dans cette association. Il semblait
satisfait, serein, de leurs arrangements, tout comme elle. Il
rencontrait ses amants discrètement, ailleurs, elle l’exhibait à son
bras lors des mondanités nombreuses qui lui permettait de maintenir son
rang. Elle appréciait sa présence.
Puis il est tombé malade...
Quand elle s'en est rendu compte...
Les
larmes lui montent aux yeux... C'est par sa voisine qu'elle l'a appris,
quand elle l'a interrogée, pleine de compassion, dans l'ascenseur... Il
lui a expliqué qu'il avait sans doute été contaminé lors de rapports
non protégés il y a longtemps, quand il était plus jeune. Il lui a
proposé le divorce pour lui épargner "ça". Mais, non, elle ne voulait
pas s'épargner ça, elle ne voulait pas qu'il disparaisse de sa vie.
Le Sida lui a ouvert les yeux sur l'amour qu'elle lui portait. Un curieux amour, platonique. Une amitié indéfectible.
Et voilà qu'elle se retrouve avec cette enveloppe étrange dans les mains. Lourde, l'enveloppe. Elle l'ouvre émue.
L'enveloppe contient une clef. Et une lettre.
"Agathe,
mon amour, Tu le sais ma nature me portait à désirer ceux de mon sexe
mais c'est toi qui fût l'amour de me vie. Ta carapace brillante s'est
lézardée ces dernières semaines que tu as passées à mon chevet, je l'ai vu.
Ton cœur n'est pas loin... Il a besoin, je crois, d'un peu d'aide pour
te donner accès au bonheur. D'où la clef, la clef des champs, la chef
des songes..."
"Dans les cas hasardeux, il faut brusquer la chance..."
Une clef sans serrure... Agathe ignore ce que Louis voulait qu'elle ouvre...
Et elle souffre de son absence. Vers qui se tourner?
Il
lui a écrit "la clef des champs", serait-ce celle d'une maison à la
campagne? Elle qui vit au sommet d'un immeuble moderne, sans verdure...
Une maison douce, jaune, perdue au milieu d'arbres vénérables? Une
maison posée au bord de l'eau, comme un rêve de lac magique. Une maison à
remplir d'amis. D'amis qu'elle n'a pas. Que des relations...

Tableau de William Chadwick
La clef des songes... Mais de quoi rêve t-elle en réalité? Arrivée au
sommet, elle a tout, elle n'a rien. Elle n'a rien qu'elle souhaiterait
emporter avec elle dans la maison jaune. Louis parti elle n'a n'a plus
rien, ni personne.
Elle reste, la clef lourde dans la main, immobile
l'esprit en roue libre. La clef... Il faut qu'elle trouve ce qu'elle
ouvre. Il faut qu'elle trouve celui, ou celle qui connait la serrure.
"Dans les cas hasardeux, il faut brusquer la chance..."
Louis
l'aimait, il la pensait capable de trouver le bonheur. C'est autour de
Louis qu'elle le trouvera, surement... Ses amis, ses amants? Et faut
qu'elle interroge celles, ceux qui venaient le voir le soir quand il ne
pouvait se lever. Lola, grande folle, Gaspard, le fort des halles,
Jeanne, la fleuriste, Robert, le bistrotier... Eux c'est sûr sauront
quelle serrure ouvre la clef. Agathe aujourd'hui se sent prête à se
remettre à la chance, à la brusquer même...