samedi 17 octobre 2020

En saignant.

Je le suis devenue à 19 ans. Je le suis depuis 35 ans.

Avec, viscéralement ancrés dans ma pratique, comme la structure même de mon métier, ces trois mots: liberté, égalité, fraternité.

L'école comme le ciment de la société. La référence commune.

Mes premières classes étaient en ZEP, entre 50 et 80% d'enfants d'émigrés non francophones. Une richesse de partage à qui j'enseignais les bases. La langue française, les maths, la citoyenneté.

La France pays de liberté. Pays de la liberté d'expression.

La France où tous sont égaux. En droit, à l'éducation, aux soins, face à la loi.

La France fraternelle, qui soutien les faibles, n'abandonne personne.

L'école était soutenue dans sa tache. La hiérarchie nous faisait confiance, nous recevions une, des, formations, nos projets ciblés étaient soutenus financièrement.

L'école était au cœur de la société, au cœur du quartier, au cœur du village.

Elle avait une valeur.

Une valeur symbolique forte.

Elle imposait le respect. Et ses professeurs étaient respectés.

Puis, petit à petit, de présidents en présidents, de ministres de l'éducation nationale en ministre de l'éducation nationale, l'état a abandonné l'école.

Formation réduite (comment ça devenir enseignant ça s'apprend? C'est pas inné pour peu que l'on ait la "vocation"?), salaires bloqués, mépris et dénigrement devenue la règle d'une hiérarchie hors sol.

Les profs infantilisés doivent désormais obéir aux ordres. Suivre des protocoles...

A chaque soubresaut de la société nous recevons désormais des injonctions.

Problème d'obésité des enfants, nous devons former les élèves à la santé (mais nous n'avons une infirmière scolaire une fois par an, le médecin scolaire qui faisait des bilans tous les deux ans à littéralement disparu). Si nous demandons une formation on nous envoie un lien. Si l'on daigne nous répondre. On préfère nous enseigner, nous ré enseigner le fil à couper le beurre, en math et en français.

Viols, pédophilie, la formation au consentement nous échoit, sans que l'on nous défende contre les lobbies religieux. Si nous demandons une formation on nous envoie un lien. Si l'on daigne nous répondre. Les projets élaborés sur le terrain ne servent plus qu'à effectuer des statistiques. Il n'y a plus d'argent pour l'école. Plus d'argent pour le culture, pour l'ouverture sur l'extérieur. L'école se replie, se referme.

Attentats? Et voilà l'école responsable de n'avoir su intégrer, assimiler. Injonction à faire mieux avec moins. D'années en années. On barricade, on élève des clôtures, on fait des exercices de mise en sécurité. L'autre devient l'ennemi. La fraternité est dissoute dans la peur de l'autre. Et surtout... Pas de vagues!!! 

Si l'école dysfonctionne c'est de la faute des profs.

De toute façon se sont des feignants. Les ministres le laissent entendre alors cela conforte l'opinion...

L'éducation nationale est devenue une machine à broyer l'école. Ses profs crient à l'aide dans le désert pendant que la presse parle de leurs erreurs, de leurs maladresses, leur attribue la responsabilité des agressions dont ils sont victimes (comment peut-on impunément contrarier un parent, un sentiment religieux, une opinion partagée et montée en mayonnaise sur les réseaux?).

La société broie l'école, elle est atteignable. Et broyer l'école c'est broyer les principes de la république, liberté, égalité, fraternité.

Mais sans doute ceux ci ne sont plus ceux qui structurent ce que la France est devenue...

Celle où les profs finissent par penser qu'ils restent les seuls à croire à la liberté, à l'égalité, à la fraternité.

Et qu'ils en meurent...

#Je suis Samuel#

18 commentaires:

  1. Voilà une réflexion bien juste que je partage entièrement. L'école, la santé, tout ce qui fait la vie même, piétiné, bafoué, martyrisé, sacrifié sur l'autel de la finance, la sainte finance qu'on ne cesse de servir et de vénérer.

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    1. est-ce cette société que l'on souhaite pour nos enfants?

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  2. Entièrement d'accord, résumé bien concis auquel j'adhère complétement. Voici la marseillaise revisitée par Gérard Delahaye, chanteur breton https://www.youtube.com/watch?v=2BxNcaAQq-g&ab_channel=GerardDelahaye

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  3. VALERIE Vieublé17/10/2020 22:14

    Ce qui vient de se passer est terrible. Je suis bouleversée par la mort de cet enseignant. Comment peut-on en arriver là ?...
    Oui, l'état a abandonné l'école publique. Il ne donne plus les moyens financiers et humains pour la faire fonctionner correctement. Mais l'état a t-il vraiment besoin de mettre les moyens pour avoir des têtes bien faites et bien pensantes ? Je crois qu'il a juste besoin de petites mains pour exécuter les basses besognes et faire tourner l'économie. Pour les petits de ceux qui nous dirigent, il y a les écoles privées pour "l'élite", pour le gratin.

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  4. Toujours les mots justes et la recherche des mots justes ... Merci Anne

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  5. Rien à ajouter ! Je ne reconnais plus l'école ...

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  6. Sans oublier une certaine gauche qui défile le 10 novembre dernier avec les islamistes et dans le même temps vient au rassemblement en hommage à Samuel Paty décapité par un terroriste islamiste. Comment est-ce possible ?

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    1. Une certaine gauche? Il ne reste plus que cette gauche là.
      Il ne faut pas confondre islam et islamisme. Tout comme je ne confondrais pas catholiques et et catholiques radicaux. A l'école la règle c'est la laïcité.

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    2. Quand je disais "une certaine gauche", je voulais dire une certaine partie de la gauche qui malheureusement oublie la laïcité. (je suis une prof en retraite)

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    3. S'il n'y a que la gauche qui oublie....

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  7. Etre dévasté par cette mort injuste, injustifiable, se dire "plus jamais ça" et ça recommence encore et encore ...
    Mourir pour avoir fait son travail et seulement son travail ..
    Effectivement ne pas confondre Islam et islamisme mais réagir VRAIMENT pour que cela ne se répète pas, permettre aux enseignants d'exercer leur métier en toute sécurité, les soutenir, leur donner les moyen d'enseigner, leur montrer de la reconnaissance pour le travail effectué pas seulement dans la cour de la Sorbonne quand ils sont morts !
    France qu'as-tu fait de ton école et des principes qui sont écrits au fronton de tes bâtiments publics ?
    J'ai mal à mon école, j'ai mal pour MES profs ....je pleure et ça ne sert à rien

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    1. L'école et ses valeurs, celles qui devraient nous unir, nous réunir, ont été abandonnées.

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