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samedi 4 mai 2019

Post pudding.

Quelle journée bizarre... 
Plus bizarre que d'habitude. Anormale je dirais.
Normalement le soir du 25 on est tous un peu à plat. La journée se termine avec quelques restes piqués dans le frigo plein de bouts de foie gras, de morceaux de dinde, de parts de bûche émiettés, avalés en baillant devant la TV.
Là c'est pareil, les lutins, qui ont grappillé des miettes et ont joué avec les papiers cadeaux qui jonchaient le parquet autour du sapin se sont endormi ici et là, repus et épuisés, mais...
Je me sens à la fois frustrée et saturée de nouveauté, 
Frustrée, Noël a perdu son merveilleux. Je ne suis plus une enfant. Et c'est formidable mais c'est aussi très effrayant. Je n'ai jamais cru au Père Noël mais là... Il n'y avait aucune surprise. Maman et Charlotte m'ont associée à toute l'organisation, les courses, l'emballage des cadeaux et j'ai apprécié. Je me suis sentie considérée. 
Et je n'ai pas apprécié. Pas du tout. Je ne suis plus celle à qui on fait la surprise.
C'est bizarre, hein?
Ou alors c'est moi qui suis bizarre.
Et puis mamie n'était pas là.
Nous avons pu nous fêter un joyeux Noël par Snap et c'était chouette, elle avait l'air très en forme, toute bronzée et souriante, mais ce n'était pas pareil que si elle avait été là. Et puis si je suis hyper contente qu'elle soit amoureuse et heureuse mais...
Je crois que je suis un peu jalouse.
Surtout que mes frères aussi sont amoureux. Et heureux.
Les remous autour de l'âge de Stéphanie, 15 ans de plus que Wilfried, se sont apaisés. Ceux autour de la grossesse de Lola, à 16 ans (!) et leur aménagement avec Gaétan, 17 ans, comme des minis adultes, des minis futurs parents, dans la maison que leur laisse mamie sont en passe de se calmer.
Eux étaient tous là a étaler leur bonheur, encadrés de papa, maman et Charlotte, comme si tout cela était normal.
D'ailleurs c'est peut être normal. 
Les lutins, eux, n'ont pas l'air de s'encombrer de conventions sociales. Ils se font des câlins, dorment en boule à deux, à trois, comme des chiots.
Il n'y a que moi qui soit seule.
Toutes ces nouveautés m'ont déstabilisée je crois.
Je vais être tata dans quelques mois.
Je vais aller passer mes vacances d'hiver au Portugal. C'est mon cadeau. Je vais prendre l'avion. Seule. Je vais aller chez mamie et Aldelkarim.
Le monde avance trop vite pour moi!
Et en même temps qu'est ce qu'il est lent.
Dire que j'ai encore 2 ans et demi de collège!
C'est long. C'est morne.
Surtout que je ne suis plus dans la classe de Victoria, qui a redoublé, ni dans celle de Joseph qui est dans la 5éme 6 alors que je suis dans la 2 (Pourquoi? Mystère. Joseph pense que c'est pour qu'il puisse participer à l'atelier arts plastiques). 
Et Gildas, lui, n'est même plus au collège! Il est entré en 4éme au lycée agricole. Et il adore.
Je le sais parce que je le vois à la ferme dès qu'il a cinq minutes.
Il y dormirait s'il le pouvait!
Je me sens seule.
Alors j'écris. J'écris sur les lutins. Mais pas que.
Je me suis fait avoir par la prof de Français. J'écris sur le journal du collège. Je fais des "articles", j'écris des nouvelles. Et la prof est ravie. Elle m'a même inscrite à un concours de nouvelles policières. Un concours! "Comme les concours agricole?" je lui ai demandé.
Elle a rit et m'a fait signer l'engagement.
Alors je vais concourir.
Seule.
Je n'en ai même pas parlé à papa et à maman.
Je n'en ai pas parlé, ni à Victoria, ni à Joseph et encore moins à Gildas.
J'en ai juste parlé à mamie. Parce qu'elle est loin. Parce qu'elle me soutien. Parce que si je me plante elle sera trop loin, je n'aurai pas besoin de me planquer pour pleurer.
Si je me plante. Parce qu'en fait j'ai bien envie de le gagner, ce concours. Pour montrer que je suis là. Je crois.

C'est la suite de l'histoire de Laurène, bien sûr! Donnez moi des pistes pour poursuivre.

samedi 6 avril 2019

Paris, deuxième round.

Papa est tout chose... 
Il marmonne: "Ben si je m'attendais à ça! Que les enfants quittent la maison c'est dans l'ordre des choses, même si je ne suis pas pressé, mais là..."
Il regarde mamie qui lui fait signe de la main et rejoignant le porte d'embarquement.
Maman glisse son bras sous le sien: "Elle est adulte, et raisonnable. Il ne lui arrivera rien!"
Papa grommèle, serre maman contre lui, lui embrasse les cheveux. 
Quand ils se tiennent comme ça on voit comme il est grand et comme maman est petite.
Papa a un sourire un peu crispé quand il me dit: "Go, ma fille, l'aéroport, c'est bon pour aujourd'hui!"
Nous retournons sur le parking pour récupérer la voiture et je me demande si je n'ai pas fait une grosse bêtise en retrouvant le vieil amoureux de mamie. C'est Victoria qui en a eu l'idée. Elle a commencé ses recherches sur facebook, puis sur le reste d'internet. Elle maîtrise. Une vraie geek!
Et maintenant mamie est partie pour le retrouver!
Ils font chacun la moitié du chemin et vont se rencontrer au Portugal.
Nous nous installons dans la voiture, je suis tellement préoccupée que c'est à peine si je remarque que le lutin qui est installé sur le tableau de bord de notre vieille guimbarde, salue, en faisant de grands gestes, les lutins derrière les vitres milliers de voitures autour de nous. Ils lui répondent rarement. Sans doute sont-ils blasés. Des lutins des villes...
Papa ronchonne, je sens son stress. Où va-t-il se garer dans ce coin? Et puis ils conduisent tous comme des dingues ici! Olala comme il est heureux d'échapper à cet enfer en habitant à la campagne,...
Maman met sa main sur son genou. Il se calme un peu.
"Tu crois que c'est une bonne idée de lui faire la surprise?" Sa voix est un peu enrouée.
Peut être que tout cela fait trop pour lui. Maman lui caresse le genou. 
"Nous ne l'avons pas vu depuis des mois. Nous lui faisons un petit bisou. Et puis c'est tout."
Comme papa j'ai des doutes...
Si Wilfried n'est pas rentré à la maison depuis le printemps c'est qu'il n'a pas envie de nous voir, non?
Maman indique à papa une place le long du trottoir. Il ronchonne encore. Il va devoir manœuvrer! Maman, se tourne vers lui:
"Ce ne doit pas être plus compliqué que de rentrer la remorque de foin en marche arrière dans la grange? Si?"
Papa rit. Il se gare. Il attrape la main de maman sur sa jambe et lui embrasse la paume.
Je soupire mais je suis contente que Charlotte ne soit pas là.
Les voir à deux c'est agréable. Même s'il n'y a pas de conflit à la maison, la présence de Charlotte a changé les choses.
"Bon, il est où ce café?" Demande papa en se tournant vers moi. Il me tend son téléphone portable pour que je localise l'endroit où travaille Wilfried. Et m'ébouriffe les cheveux. Je râle pour le principe et donne les instructions qui nous permettrons de retrouver mon frère.
Nous marchons entre des immeubles grands comme des falaises.Sur des trottoirs craquelés comme un désert en plein été. Je traîne un peu. Je cherche des yeux les lutins du coin. Rien. Rien?
"Ah, voilà!" dit maman. Et sa voix tremble un peu.
Nous entrons et je suis contente, il fait chaud.
Nous cherchons Wilfried des yeux. J’aperçois son dos. Il est penché sur une table, il prend une commande. 
Papa nous désigne une table.
Nous nous asseyons en vrac. Et nous attendons en silence. 
Nous attendons Wilfried et je regarde trois lutins, un garçon et une fille (parfois il y en a qui ne sont ni l'un ni l'autre. Ou qui sont les deux?) qui jouent à cache cache derrière les pieds de tables, les banquettes.
Nous attendons Wilfried mais c'est une dame qui arrive pour prendre  notre commande. Des cafés pour papa et maman, un coca pour moi.
Maman ajoute que nous sommes surtout venus pour voir Wilfried, leur fils.
La dame se trouble. Elle bafouille:
"Votre fils?"
Nous la regardons mieux. Elle est presque aussi vieille que maman, je crois. Blonde, maquillée, habillée comme si elle allait à une fête.
Maman a l'air troublée, elle cherche la main de papa qui semble perdu.
"Vous êtes sa patronne?"
Elle se présente:
"Stéphanie, je suis sa... Patronne, oui"
Maman se lève. Et se rassied.
"Ok"
Le regard de papa passe de maman à Stéphanie.
Mais qu'est ce que...?
Wilfried se tourne et nous voit. Son visage s'illumine et s'assombrit aussi vite que si des nuages étaient entrés dans le café.
Alors je me lève et je le rejoins. Je l'entoure de mes bras et il m'embrasse.
Puis il fait de même avec maman. Elle est bien petite là aussi.
Il embrasse papa. Il a l'air ému.
"Quelle surprise! Comme je suis heureux de vous voir!"
Stéphanie est partie chercher notre commande.
"Vous restez longtemps? Il y a de la place sur le canapé! Mais nous finissons tard..."
Maman, le serre contre elle.
"Nous repartons tout à l'heure. Tu viendras plutôt passer un week-end à la maison, non?"
Il cherche Stéphanie des yeux.
Papa ajoute.
"Vous viendrez nous voir? N'est ce pas?"
Mais qu'est ce qui se passe encore?
Qu'est ce que c'est que cette famille de dingues? 

Évidemment c'est la suite de l'histoire de Laurène.
A vous de me dire vers où va se diriger cette aventure!
 

dimanche 24 mars 2019

Dans mon cahier tout gondolé.

C'est encore Laurène:


Je ne sais pas où me mettre! 
Au soleil j'ai trop chaud, j'ai l'impression de cuire à petit feu. Les zones d'ombre, en bas des murs, sont prises. L'ombre du tilleul (Victoria ne savait pas que c'était un tilleul, dès fois elle est complètement ignare!) bouge trop vite. Il faut tout le temps trimballer les serviettes, les bouteilles d'eau, le goûter XXL de Victoria, le carnet de dessin de Joseph, mon bouquin, mon cahier. 
Enfin, quand ils sont là. Parce que là ils m'ont plantée. 
Où sont-ils tous passés?
On avait bien rendez vous à 14h?
A moins que ce soit 14h30? Je crois me souvenir que...
Si Gildas était là il me dirait que je suis souvent distraite, à coté de mes pompes. Que mes lutins me montent à la tête. Mouais...
Peut-être que en creusant... Il me semble me rappeler... 
15h! Le rendez vous est à 15h. Victoria a rendez vous chez l’orthodontiste, Joseph est puni. Il doit nettoyer les graffitis qu'il a fait sur les panneaux de sa rue. Il a dessiné des lutins partout. Quel couillon! Il est repérable comme le nez au milieu de la figure (c'est une expression de mamie que j'aime bien). Il aurait fait ça en ville ce serait passé comme une lettre à la poste (encore une expression rigolote de mamie. Elle dit qu'avant on ne communiquait que par courrier).
Et Gildas, doit, comme d'habitude, être avec papa. C'est la saison des foins et il n'est jamais aussi heureux qu'assis en haut de la remorque chargée.
Bon...
Je vais faire comme d'hab. Je vais écrire.
J'espère juste avoir un crayon qui fonctionne. Hier j'ai été obligée de demander au maître nageur de m'en prêter un et ça a duré des heures!
"C'est curieux, qu'est ce que tu écris, comme ça, tout le temps?"
"C'est l'été, tu n'as pas de devoirs quand même?"
"Tu arrives à écrire avec tout ce bruit autour de toi?"
J'ai souris et soupiré.
La lutine du local du maître nageur n'avait pas l'air ravie qu'on l'interrompe pendant sa sieste. Elle a attrapé le coin de la serviette sur laquelle elle était allongée pour se cacher dessous. Je suis sûre que si elle pouvait parler elle aurait râlé.
Il veut toujours tout savoir, le maître nageur!
Qui est qui, qui est avec qui, d'où tu viens, que font tes parents, et est-ce que tu sais nager?
Bon, le coup de savoir nager, je comprends mais le reste!
C'est sans doute qu'il s'ennuie sur sa chaise perchée.
Sa collègue lui parle rarement. Il parait qu'elle l'a envoyé bouler parce qu'il a été trop lourd avec elle. Ce doit être vexant. Surtout qu'elle, elle ne se gêne pas pour draguer tous les beaux mecs qui viennent se baigner.
L'autre fois il y a eu des cris. Une fille qui ne voulait pas qu'elle parle avec son copain. 
Les lutins du bassin se sont tous accrochés aux échelles pour voir et écouter, comme les gens, accoudés au bord de la piscine. C'était comme un spectacle gratuit.  
Moi j'ai trouvé qu'elle était bien con, cette fille. C'est à son copain qu'elle aurait du parler? Non?
Si elle n'a pas confiance elle va avoir une vie d'enfer. 
Victoria a trouvé que c'était normal, que la fille devait défendre ce qui était à elle.
Mouais. Elle a plutôt tout perdu. Parce que le copain est parti fâché.  
En fait je crois que ni Victoria, et les nombreux Jules de sa maman, ni moi avec Charlotte entre (ou avec?) maman et papa, ne sommes très au fait de ce qui est "normal". 
Peut être faudrait-il demander à Gaétan qui a l'air de savoir comment faire puisque "sa" Lola le regarde avec des yeux de merlan fris (Mais où mamie a appris des formules pareilles? Ils avaient des cours spéciaux, à l'école, pour ça? Des cours de... D'images verbales? D'expressions slogan?).
Ah, voilà la maître nageur. Il veut savoir où sont les autres Dalton.
Ouais, on est quatre mais je ne vois pas où est la ressemblance avec les Dalton!
Un grand, large et blond, un noir, maigre et fin, une boulotte aux cheveux frisés et aux dents tordues et une petite maigrichonne aux chevaux raides et à la patte folle?
Ah, zut! Ma patte! 
J'ai oublié de cacher les cicatrices!
Il ne faut pas que je les expose au soleil.
Comme si j'avais envie de les exposer...
Mais en été je ne vais tout de même pas porter un pantalon, ou des collants!
De toute façon je suis sûre qu'il me restera des cicatrices. Même en faisant attention.
Quand Gildas est là j'essaye de les cacher. Je vois bien qu'il culpabilise encore, ce n'est pas la peine de remuer le couteau dans la plaie.
Ce n'est pas la fin du monde, quand même. Une jambe cassée.
J'espère qu'il va finir par penser à autre chose en me voyant parce que je l'aime bien Gildas, tous comptes faits. Il est sérieux comme un pape (une expression très bizarre de mamie!) quand il suit papa à la ferme. Il joue à l'agriculteur. Surtout que papa lui a acheté une combi verte et des bottes (ou alors il lui a donné celles de Wilfried que l'on a pas vu depuis des mois).
Oui, il est sérieux. Il ne voit aucun des lutins qui s'amusent dans le foin, qui se cachent entre les tuyaux de la salle de traite.
Il dit que je suis la seule à les voir.
Moi... Je n'en suis pas sûre. Papa a parfois les yeux dans le vague. Je suis sûre qu'il les regarde.
Mamie aussi, d'ailleurs.
A moins que ce soit ses souvenirs qu'elle voit? 
Cet Abdelkarim qu'elle semble avoir tant aimé.
Elle était toute chose quand je lui ai apporté la boite avec les photos que j'ai trouvé dans la malle.
"Oh, c'était là qu'elles étaient! Je me demandais ce que j'en avais fait. J'étais sûre de ne pas les avoir jetées!"
Elle les a sorties, une à une, sans rien dire.
Je n'ai rien dit non plus. Je n'ai pas osé.
J'ai regardé Elfinette, qui balançait les jambes croisées, allongée sur le ventre, le menton dans les mains, sur l’accoudoir du canapé. Elle aussi regardait les photos.
Mamie si jolie, avec une robe trop cool. Ou un pantalon classe...
Mamie à Paris, devant la tour Eiffel, dans un café, sur la plage avec un maillot incroyable.
"C'était osé, tu sais, de mettre un bikini, à cette époque" m'a dit mamie.
"Comme les pantalons. C'était carrément illégal."
J'en suis restée bouche bée.
"Mes parents étaient très fâchés contre moi. Ils ne voulaient plus me parler."
J'ai bafouillé:
"Mais pourquoi?"
Elle a caressé doucement la photo où on la voyait appuyée sur le torse, entre les bras, de cet homme brun. Tout souriants tous les deux.
Elfinette a arrêté de balancer les jambes, elle a étiré le cou pour mieux voir. A basculé la tête pour regarder mamie.
"Nous vivions ensemble hors mariage, Abdelkarim et moi. Déjà ça c'était intolérable pour eux.
Et puis c'était un arabe. Un étranger. Un même pas chrétien."
Elle a fait une pause.
"Ils n'ont même pas voulu le rencontrer. Alors que nous sommes restés ensemble trois ans."
Mamie me regarde. Elfinette aussi. Avec des yeux éberlués.
" Je ne savais pas que tu avais eu quelqu'un avant papi".
Elle sourit.
"C'est une histoire ancienne. J'ai rencontré ton papi Charles des années après qu'Abdelkarim soit rentré chez lui."
"Il est parti sans toi?"
Je n'en revenais pas!
"Tu étais si belle! Et vous aviez l'air si amoureux!"
Mamie me caresse la joue.
"C'était écrit. Je le savais depuis le début. Il n'était à Paris que pour ses études. Je savais qu'il allait repartir. Que sa vie était ailleurs. Je n'étais qu'une parenthèse. Une autre femme l'attendait là bas."
Incroyable, n'est ce pas?
Même maintenant, quand j'écris tout ça dans mon cahier tout gondolé d'avoir été éclaboussé par les trois Daltons qui viennent d'arriver, j'en suis toute bouleversée.
Abdelkarim est reparti, sans mamie, et elle n'a plus eu de nouvelles depuis!
Pourtant... Depuis la vie a changé, non?

Bien, bien, et pour la suite vous diriez?

lundi 4 mars 2019

"Ne fais pas l'oeuf!"

Me dit mon frère Gaétan.
"Ça fait tellement plaisir aux parents cette histoire de lapin de Pâques! Tu peux bien faire un effort pour sortir et pour chercher un peu." 
Farfada, sur le buffet, imite sa gestuelle en l'exagérant, Elle prend un air pontifiant absolument désopilant et je manque d'éclater de rire.
"Je suis sûr qu'ils se sont arrangés pour que les chocolats soient accessibles même avec ton fauteuil roulant!"
Mouais... On voit bien que ce n'est pas lui qui va galérer dans les graviers de la cour!
Et je suis certaine, en plus, qu'il va profiter de la moindre ouverture pour filer, disparaitre et me laisser seule avec les parents, mamie et Charlotte.  
Wilfrid, lui, n'a même pas daigné rentrer ce week-end. Il est en sortie avec des potes de l'internat, à Paris parait-il. Je me demande comment il va faire pour son linge. Qui il va trouver pour le lui laver. Maman, optimiste, lui a expliqué qu'il pouvait utiliser une machine et un sèche linge dans une laverie automatique. En gloussant bêtement elle a même expliqué (comme si on ne le savait pas depuis le  temps qu'ils le rabâchent) que c'est à la laverie qu'ils se sont rencontrés avec papa.
Papa, qui, il est fou, juste quand mes frères commencent à quitter la maison, fait des travaux d'aménagement. Il a déménagé le bureau provisoirement et le repeint, c'est joli d'ailleurs, Djinnou a semblé apprécier, un mur rouge foncé, les autres en crème. Il a fait des plans pour y installer un bureau et des rangements qui disparaitront derrière les panneaux coulissants.
"Comme ça je vais pouvoir installer un vrai lit deux places et en faire une chambre agréable"
Une chambre agréable? 
Mes parents me prennent-ils pour une gourde? A quoi jouent-ils? Croient-ils que je n'ai pas vu Charlotte commencer à apporter des affaires?
Mamie m'appelle.
"Ton ami Gildas est là!"
Rohhh... Mamie! Toujours à coté de la plaque! Mon ami Gildas!
C'est à cause de lui que je suis coincée dans ce fauteuil pour plusieurs semaines encore!
Joseph, avec humour, a fait remarquer que comme ça j'échappe au sport (il a raison, en plus!). 
Bon, je ne vais pas faire ma rancunière. Quand Gildas est revenu de ses trois jours d'exclusion pour s'être battu avec Joseph il a pris sa punition, "travail d'intérêt général" a décrété le principal (il est con ce type c'est juste pour moi que ce truc a de l'intérêt!), très au sérieux.
C'est lui qui me pousse du matin au soir, qui porte mon sac, qui ouvre l’ascenseur, qui remplit et porte mon plateau. Joseph était furax au début. Lui aussi il a été exclu trois jours. C'est lui qui s'est jeté sur Gildas quand, poussée d'une grande bourrade, j'ai fait un vol plané du haut en bas des escaliers. Le fait qu'il se soit battu pour moi, pour me défendre m'a beaucoup touchée, bien sûr, mais j'avoue que j'ai été soulagée quand il a accepté, en silence, la présence de Gildas à mes cotés à mon retour de l'hôpital. Petit à petit il a commencé à lui adresser la parole et je crois que leur rôle commun de chevalier servant les rapproche.
Gildas entre et me salue. Il n'ose pas encore me faire la bise.
Pourtant je lui ai dit plusieurs fois que je ne lui en voulais pas. Ce qui est fait est fait. Ma jambe est en voie de guérison, bientôt je pourrai marcher avec des béquilles et ils me retireront les broches l'an prochain (ou l'année d'après, il parait qu'il faut tenir compte de ma croissance. Ma croissance, la bonne blague!!!). Il a pris l’habitude de prolonger son "travail d'intérêt général" jusqu'à me raccompagner à la maison. Le premier jour il n'était pas fier. Il est allé voir mes parents et a présenté ses excuses. Pas mal joué! Je vois encore les poings serrés de Gaétan et le visage fermé de Wilfrid (les machos!), c'était plutôt chaud pour lui...
Petit à petit, chaque soir, il est resté de plus en plus longtemps à la ferme.
Il tourne autour des vaches, observe mon père, discute avec lui, pose des questions. 
L'autre jour il est rentré chez lui avec un chaton de la dernière portée de Néva.
Il me donne ma veste et m'aide à franchir le seuil puis a prendre le plan incliné (c'est Gaétan, très fier de ses compétences nouvellement acquises à l'atelier de menuiserie qui l'a construite). Maman a son appareil photo en bandoulière et le soleil brille. Papa sourit, mamie s'est emmitouflée dans un châle bleu et Charlotte a mis ce bonnet ridicule avec un pompon qu'elle voulait m'offrir mais que j'ai refusé de porter.
J’aperçois Genius derrière la touffe de romarin, les chocolats à portée de main l'enhardissent. Il sautille pour voir ce que nous faisons.
Je ronchonne: "Je croyais que l'on attendait Joseph!"
Papa ouvre la bouche pour me répondre quand la voiture bringuebalante de l'oncle Samir tourne dans le chemin.
"Ça c'est du timing!" S'exclame Charlotte.
Poignées de mains, Armir et papa s'entendent comme larrons en foire (c'est une expression de mamie qui est... Un peu bizarre, non?), bisous et c'est parti!
Joseph court partout, comme un petit gosse. Il s'exclame, il adore. Il fait des allers retour pour remplir le panier que je tiens sur les genoux. 
C'est vrai que pour lui c'est une première.
Il est tellement enthousiaste que je suis obligée de lui rappeler de laisser quelques œufs et chocolats pour Génius et ses copains. Il rit et se remet à courir à droite et à gauche pendant que maman prend des photos des bourgeons et du soleil dans l'herbe.
En fait il a raison Gaétan (Tiens, d'ailleurs où est-il passé?), c'est bien que j'ai fait l'effort, c'est sympa ce moment.
C'est bizarre, non? Il a fallu que je me blesse pour que je me rende compte que l'on tenait à moi...

Vous avez compris c'est la suite de l'histoire de Laurène et pour la suite c'est à vous...

vendredi 15 février 2019

"Rémi" X 2

C'est la suite de l'histoire de Laurène:

Mais ce n'est pas possible!!! C'est déjà assez pénible comme ça, devoir, chaque jour, arpenter les couloirs sans fin, se faire bousculer dans les escaliers, devant les casiers. Et voilà qu'ils nous confinent! 
PPMS qu’ils appellent ça. 
C'est un exercice. Dès fois qu'il arrive quelque chose... Il n'arrive jamais rien ici. Le collège c'est la jungle ordinaire et morne. Je passe de classe en classe, de prof en prof, sans que personne ne me voit. Ne me voit réellement. Ne me voit autrement que pour se moquer, pour critiquer. Personne ne voit rien de positif en moi. Pour eux, tous, je suis l'idiote, la gourde, la bouseuse, la moche, la Rémi.
Mais aujourd'hui c'est PPMS. Nous devons rester enfermés (au moins je ne me ferai pas bousculer) en attendant que la tempête virtuelle, celle qui passe "pour faire semblant" au dessus du collège, aille sévir ailleurs.
Les autres gloussent, se ruent sur les jeux de cartes distribués pour les occuper derrière les volets fermés (pour moi on aurait pu continuer les cours comme si rien n'était), s'exclament. Il y en a même qui attrapent leur portable dans le fond du sac pour annoncer "l’évènement" à leurs copains, dans la même galère. Éventuellement à leurs parents, affolement assuré pour certains...
Je me cale dans un coin et je me concentre sur Litus, le lutin de la classe 107. Il est perturbé par cette agitation. Il ne supporte pas, le pauvre, les classes bruyantes. Il c'est réfugié sous l'armoire et se bouche les oreilles avec des boules de papier. Je me demande comment il est arrivé là, dans ce collège. Il semble être fait pour le silence et la contemplation. La ville a du envahir son territoire. Ca se trouve le collège a été bâtit sur un jardin, un bois, des prés herbeux. J'essaie d'imaginer le lieu avant...
Je suis en train d'écrire quand je sens un regard sur mon cahier. Je me crispe. La dernière fois que c'est arrivé c'était ma prof de Français qui s'était penchée au dessus de mon épaule et qui s'est exclamée: "Mais c'est drôlement bon ce que tu écris!"
Me laissant stupéfaite. Avant d'ajouter: "Mais ce n'est pas du tout l’exercice que j'ai demandé".
Elle m'a retenue à la fin du cours pour me mettre une heure de colle et me proposer de prendre en charge le journal du collège. Je lui ai répondu que je n'avais rien à raconter sur le collège. Elle, elle s'est perdue dans la liste de tout ce que je pourrais écrire sur le tournoi d'échec, le club de théâtre, la chorale, l'UNSS, le foyer coopératif, le...
J'étais interloquée. Mais de quoi parlait-elle?
Elle a laissé tomber. Pour le moment. Je suis sure qu'elle ne va pas me lâcher avec ça...
Là ce n'est pas la prof de Français, de toute façon nous sommes avec le prof d'histoire géo, dont je n'arrive pas à imprimer le nom. Le grand gorille poilu. Aucun élève n'ose se moquer de ses mains, son cou velu à cause de ses deux mètres (au moins) et de ses 120 kilos (surement), au moins en sa présence, mais les lutins du hall imitent le singe en sautant de poteau en poteau quand il le traverse pour aller en salle des profs.
Non, ce n'est pas le prof qui lis ma description de Litus et ses larmes de frustration de devoir, encore, supporter le brouhaha des voix et les grincement des chaises sur le lino. Non, c'est le nouveau.
Le nouveau est très nouveau. Il vient d'arriver. Il est aussi le premier noir du collège. 
Si, si, le premier. Il y a bien quelques gosses d'émigrés, deuxième, troisième, voire plus, génération de marocains, algériens, turcs, quelques métis café au lait. Mais Joseph est le premier noir vraiment noir. J'ai cru comprendre qu'il arrivait directement d'Afrique adopté par un oncle.
Et il est un Rémi comme moi.
Non, pas comme moi. Il est seul mais il semble s'en moquer. Il rit, il interpelle l'un ou l'autre, s'impose à une table à la cantine en riant. Il chante dans les couloirs. Il danse aussi, parfois, dans le hall.
Il déstabilise les autres. Les désarçonne.
Les autres l'évitent avec méfiance mais ne s'attaquent pas à lui, ne le bousculent pas dans l'escalier (il faut dire qu'il est plutôt grand pour son âge), ni devant les casiers.
Joseph me souffle: "Cool!"
Et me montre son propre cahier.
Il est couvert de gribouillis. Là où j'écris lui dessine.
Le collège dans les fleurs et les arbres.
Je le regarde mieux.
Il a sur la tête de petites tresses raides qui biquent, il a un grand front lisse comme une plaque de chocolat noir (le 70%, celui dont je raffole), il a des yeux curieusement clairs, gris? verts? et sous son nez fin sa bouche éclate d'un sourire blanc de toutes ses dents. Ouha...
"J'aime beaucoup ce que tu écris" et il me montre Litus.
"Tu le vois comme ça?"
Ben mince...
Il est aussi fou que moi.
Rahhh... Zut!
L'exercice est terminé. 
Et le prochain cours est le sport.
Je ne peux pas détester le sport plus que ça. Je suis nulle. Je n'attrape jamais une balle (en même temps ils ne m'envoient jamais une balle. Ou alors en pleine tête), je ne suis jamais choisie dans l'équipe. En sport je ne peux pas cacher que je suis nulle. Je ne peux pas me cacher. Je ne peux pas lire, ou écrire.
Joseph, me tape légèrement sur l'épaule: "Ça ne dure qu'une heure et il fait beau."
Soupir.
Son sourire m'éclate à la figure: "On se retrouve à la cantine?"

A vous...

mardi 5 février 2019

Au grenier.

Suite de l'histoire de Laurène:


Je me cale le long de la malle. Une malle au trésor? Aux trésors?
Je l'ouvrirai, un jour...
En attendant qu'il soit temps je me laisse aller à rêver.
Ce grenier est sombre, poussiéreux comme il sied à tout grenier. Il est encombré d'objets au rebut. Il semble vide et habité à la fois. Mon imagination s'emballe. Je vois le lutin du grenier assis sur la poutre. Il me regarde contrarié que je l'ai dérangé. Je me fais toute petite pour qu'il m'oublie.
Et il m'oublie. Les lutins de grenier ont à la fois une mémoire fabuleuse, celle des temps passés, et une mémoire de poisson rouge, celle du présent. Ils ne sont pas dans l'instant. Sauf à y collectionner de menus moments, des parcelles de vie. Des gouttes de bonheur s'ils sont de bonne humeur. De l'extrait de douleur les jours de malheur.
Mon lutin du grenier s'appelle... Lucien? Hector? Hugo?
Kobold! Oui, c'est son nom. Il est âgé et il a choisi la paix du grenier laissant le reste de la maison aux lutins plus vifs, plus sociables. 
Farfada règne sur la cuisine avec ses Elfines, Djinno et Djinnou crapahutent d'une chambre à l'autre, Génius, lui, c'est attribué le jardin. 
Oulala!!! Tout cela me démange!
Je me glisse sans bruit, pour ne pas déranger Kobold, hors du grenier et file dans ma chambre pour vite, vite, écrire l'histoire des lutins de la maison. Avant qu'elle ne se dissolve...
Je suis sagement en train d'aligner des lignes quand maman arrive sur le palier pour jeter un œil à ce que je fais. Je l'entend soupirer de soulagement de me voir au travail. Djinno, moins naïf qu'elle, glousse. Mais il est ravi que l'on écrive sur lui. Que l'on donne vraiment une existence à sa présence évanescente.
Maman entre dans la chambre et je la voit se retenir de dire quelque chose à propos du désordre. Elle pose sa main sur mon front, comme si elle voulait estimer ma température, et me caresse le front. 
"Ce soir c'est free repas. Ça te va?"
Bien sur ça me va. un free repas c'est un repas au salon devant la télé, ou debout devant le frigo, ou emporté en catimini (en théorie pas de nourriture à l'étage) dans la chambre. Maman sourit, cela la rajeunit, et quitte ma chambre pour aller voir dans celle de Wilfried s'il a avancé dans la préparation de son sac d'internat. Elle pourrait le laisser se débrouiller, elle lui a déjà "rapté" ses fringues pour les laver vendredi quand il es rentré... Comment ferait-il sans elle?
Elle passe ensuite chez Gaétan pour lui demander s'il a bien réparé sa moto. S'il a bien mit de l'huile... Si... Soupir! Quelle mère poule!! Il faut dire que si la moto ne démarre pas c'est elle qui va devoir l’emmener jusqu'à l'entreprise de charpente où il est apprenti... Maman chauffeur de taxi.
Vais je devenir aussi pénible en grandissant? 
Je relis mon histoire de lutins. Pas mal. A creuser, à fignoler... Mes lutins pourraient raconter l'histoire de la maison et des ses habitants. Oui! Bonne idée. Et c'est un projet qui fera passer le temps du collège un peu plus vite.
Le collège! Soupir!
Je m'y ennuie, je m'y ennuie...
Et j'y suis ce qu'ils appellent une "Rémi". Cela ce dit une "Rémi"?
Ils disent un "Rémi" comme dans "Rémi sans famille" pour désigner ceux qui, comme moi, sont seuls, sans copain, sans copine, à la récré, à la cantine.
J'ai essayé. De m'en faire, des copines, mais je n'ai pas les codes. Je ne comprends pas leurs conversations, fringues, maquillage, séries à la télé, garçons troooop mignons. Et je ne leur plais pas. Je fais trop cambrousse, gosse d'agriculteur, une incongruité, trop intello, avec mes bouquins, trop fragile, trop facile à charrier, je n'ai pas de répartie...
Alors je renforce ce que je suis, je garde la même veste au collège qu'à l'étable quand je vais donner un petit coup de main pour la traite, et je sens la vache avec fierté. Je m'obstine dans ce que je maîtrise, je lis en allant d'un cours à l'autre, je lis dans la file du self, je lis pendant la récré. Je me cache derrière un livre. Je m'évade dans mes livres. Je ne suis plus là, je suis en Russie avec Michel Stogoff, ou dans les airs avec Jonathan Livingston.
Oui, demain matin, le collège...

A vous.


mercredi 30 janvier 2019

La reine Laurène.

Suite de l'histoire démarrée:
M'enfin!!! Je ne serai jamais tranquille ici!
Un fois ma part de galette avalée, une fois la fève trouvée (et ne me dites pas que c'est le hasard!), la couronne, ridicule, sur la tête, je me suis dis que j'avais fait ma part. Ma part de vie familiale...
Ils me fatiguent, j'ai l'impression que jamais ils ne me lâchent. Et puis aussi qu'ils ne me voient pas. Pas comme je suis. Ils sont toujours à coté de la plaque, mes parents, mes frères, mamie.
A moins que ce soit moi qui le suis, à coté de la plaque.
Je ne sais pas quoi faire...
Quoi faire de moi.
Bon, j'ai essayé de filer mais ils m'ont retenu: 
Mamie "On prévoit une sortie ma chérie?" 
Maman: "T'as fais tes leçons?" (Elle ne pense qu'à ça!!! Elle ne me vois plus que par ce biais!)
Papa:... Rien. Papa ne dit rien. Est-il là? Ou pas? Papa est un taiseux dit-on. Papa pense t-il quelque chose?
Mes frères ont réussi à filer, l'un après l'autre.
Wilfrid, malin: "J'ai des révisions."
Gaétan, rusé, qui emporte les assiettes à la cuisine, les pose sur le lave vaisselle (et qui va devoir les mettre dedans?!) et file sans rien dire par la porte derrière. 
J'ai du attendre l'arrivée de Charlotte, la copine de maman, pour pouvoir filer.
Deux bises et hop, je me suis glissée sous son bras pour sortir. Je n'ai même pas pris le temps de prendre un manteau et j'ai couru jusqu'à l'étable. 
Là au moins il y fait chaud.
Les vaches allaitantes de papa y passent la nuit et il y a de la paille confortable...
Tellement confortable qu'elle est déjà occupée!
Je les entends dès que j'entre, les gloussements. Rires? Soupirs?
Ah, merde! Il y a une fille avec Gaétan. Je l'entends qui lui parle à voix basse, une voix câline.
Comment est-elle arrivée? La ferme est quand même à deux kilomètres du village. A vingt cinq de la ville la plus proche... Et puis qui c'est cette fille?
Je recule et ressors. Refuge occupé il me faut trouver une autre option...
La cabane dans l'arbre! Je vais me cailler sans manteau mais c'est mieux que d'être coincée au milieu des adultes. 
Je fais le tour de la maison et aperçois le vélo couché dans l'herbe du talus à coté du potager. Ah... Comme ça! Faut-il qu'elle soit amoureuse... Je me demande qui elle est...
J'arrive au pied du chêne et...
Non!! Mais ils se sont donné le mot!
Je vois la fumée qui s'échappe des interstices entre les planches de la cabane. Et je sens l'odeur...
Révisions? Mon œil! Pétard oui...
Wilfried ne me laissera pas monter lui tenir compagnie. Il n'aime pas être pris en défaut. Lui... Il est mignon, il est sage, il fait des études, il est bon...
Bon... Si je vais dans ma chambre maman va exiger que je fasse mes leçons.
Il ne reste plus que l'option grenier. 
Je me glisse doucement dans la cuisine par la porte de derrière quand je les entends raccompagner mamie à sa voiture. J'en profite pour attraper un morceau de saucisson. Je préfère ça à la galette.
La galette... Merde j'ai encore cette stupide couronne sur la tête! Je l'envoie bouler dans la poubelle. Recyclable ou pas? Le temps que j'y réfléchisse les voilà de retour. Ouf! Ils vont direct au salon sans repasser par ici.
J'attends une minute pour les laisser s'installer et je me glisse dans la couloir.
Oh! Papa y est. Debout, silencieux. Il regarde maman et Charlotte se faire... Un câlin?
-Papa?" Dis je doucement.
Il me serre doucement contre lui.
-Tout va bien ma chérie. Tout va bien." 
Il sourit.
Oui, il semble aller bien. Il me fait une bise sur les cheveux et entre dans le salon.
Je me faufile dans l'escalier et me réfugie au grenier.
Sont-ils tous devenus fous ou est ce moi qui remarque seulement, parce que j'ai grandi, ces bizarreries?
Je me blottis, dans un nuage de poussière, sous le vieux couvre lit molletonné qui termine sa carrière plié sur une malle.
Une malle...

A vous...

samedi 19 janvier 2019

C'est l'histoire de...

...Laurène. 
J'ai commencé à y penser et puis la vie, et ses aléas nous ont bousculé.
Et nous avons accompagné Groove, emmailloté dans sa couette, porté par Gilles et les garçons, jusqu'à la clinique vétérinaire. Depuis son absence, au portail, à notre retour, au pied de la table, lors du petit déjeuner de Gilles, en travers du passage, au salon, se fait sentir.
Nous nous retrouvons avec la peau de saucisson, la croute de fromage à la main et...
Les yeux suppliants de Pif (et ses pets incroyables) nous ont, un peu, consolés.
Cette soirée de changement de dizaine chez nos voisines (et chez Pif)...
...nous a distrait, bien agréablement de ce coup du sort.
Nos charmantes voisines, Alix et Gabrielle, vont bientôt repartir vers d'autres horizons, d'autres voisinages.
Alors, profitant d'être ensemble encore:
"Bon anniversaire Alix! Et bon vent à toutes les deux!"
Bon, et puis, depuis le week-end dernier, j'ai usé mon énergie, au travail,...
... à régler des problèmes qui n'existent que dans la tête de quelques frustrés.
En plus des vraies difficultés à affronter.
J'ai aussi fait un détour, partant plus tôt volontairement, pour faire des photos,...
...en me rendant à une réunion de formation continue...
Formation... Vocabulaire (présentation d'une des approches possibles), grammaire (simplification (appauvrissement de la langue?)).
Ce genre de moments nous permet au moins de nous rencontrer entre collègues et, en ces temps difficiles (pour notre métier, pour la société), c'est plutôt chouette.
Voilà, voilà...
J'en arrive à Laurène:

Non, mais sans déconner!!! A mon âge ils m’envoient sous la table! Ils le feront encore quand je serais majeure sous prétexte que je suis la plus jeune? J'ai failli tout envoyer balader et aller m'enfermer dans ma chambre, en en claquant la porte. Mais la dernière fois que j'ai fait ça j'en ai eu pour trois jours...
Trois jours avec l'inquiétude de maman comme de la glue.
Trois jours avec le discours moralisateur "Tu n'as pas à te conduire comme ça, nous sommes tes parents..." de papa.
Les regards moqueurs et condescendants de mes frères Gaétan et Wilfrid.
Les "Ma petite fille, voyons!!!" de mamie Lolo...
Alors je me suis glissée sous la nappe. Je peux encore le faire très facilement... Ceux qui disent qu'à l'adolescence on grandit d'un coup n'ont pas 13 ans comme moi... Ou alors l'adolescence m'a oubliée. On me donnerait 10 ans. D'ailleurs je m'habille en 10 ans...
Sous la table j'ai retrouvé Bouboule, le chat. Et je l'ai pris dans mes bras. Lui au moins il ne me juge pas! Il ronronne...
"C'est pour qui?" Demande maman.
A quoi bon?
De toute façon, comme si je n'avais pas vieilli, j'aurai la fève...
Je fais la distribution le plus vite possible. Comme ça, une fois la couronne sur la tête je pourrai me sauver, les laisser papoter sur l'évolution du monde, la vie des voisins, les études de Wilfrid, l'apprentissage de Gaétan... Je ne serai plus là quand ils parlerons de mes notes au collège: "C'est incompréhensible!!! Avec tant de capacités!!!). 
Je pourrai aller...

Où? A vous!