Je suis entrée dans la ronde de la vie et l'attente n'a plus pris toute la place.
"Rester en un lieu, l'attention étant fixée sur quelqu'un ou quelque chose qui doit venir ou survenir".
A J-6 où en suis-je par rapport au J-23
A la maison rien, rien, strictement rien n'est prêt. Ni même prévu.
A la maison, le sapin nous oblige à faire un détour pour aller allumer ou éteindre la lumière du salon. Il scintille sur le thème gris/rouge. Il croule littéralement sous les boules (auquel il a fallu mettre des cordons). Je dois avouer que c'est chouette.
A l'école je suis plus avancée:
Hiiiii!!! L'école est finie! C'est les vacances.
Coté préparatif des fêtes... Ce sera un Noël très intime. Repas non prévu, cadeaux... A la ramasse.
Reste 6 jours, n'est ce pas?
Nous sommes à l'école, nous démarrons la journée par un "quoi de neuf".
Et, j'en suis ravie, le nouveau, arrivé il y a trois semaines, lève la main. Il a quelque chose à dire.
Lundi bureau et réunions.
Gosses a besoins particuliers.
Âneries de quelques uns. Au dépens de quelques autres. Et des nerfs des maîtresses.
Mardi classe.
Âneries de quelques uns. Au dépens de quelques autres. Et des nerfs des maîtresses.
La plus grosse étant celle de Castex qui instaure, olé, l'école à carte, incitant les parents à ne pas mettre leurs enfants en classe pour un auto confinement de précaution pré fête.
Aussi: Je vous fais part, pour que vous puissiez la faire remonter, de notre colère face au nouveau camouflet annoncé à la télé, avant que nous recevions la consigne cet après midi, d'une école à la carte jeudi et vendredi. La date des vacances, et celle de Noël, sont connues depuis des mois, voire des années, la pandémie nous contraint et confine (plutôt moins que plus, à l'école) depuis des semaines et c'est maintenant que l'on préconise un confinement de précaution en prévision des fêtes?!!! Et les enfants peuvent ne pas venir (nous avions compris qu'ils n'étaient pas contaminants...)! Et de nous infantiliser en nous recommandant de ne pas faire "comme d'habitude", des festivités et des goûters... Finir l'année sur cette note... Peut-on tomber plus bas sur l'échelle de la considération?
J'ai terminé ma journée par une heure chez les gendarmes, suivant les consignes de la hiérarchie, pour déposer plainte pour "incitation à la rébellion" et "menace" suite à la réception d'un courrier m'accusant (accusant tous les directeurs) de complicité de génocide (le port du masque pour les enfants). Je me suis distraite de la morosité du lieu en écoutant la quête effrénée de la demie douzaine de pandores qui cherchaient la clef d'un portail (et le chef de répéter: "Je vous en ai donné une!!").
Mercredi pas classe mais réunion des directeurs (et lave vaisselle en panne), en visio, intitulée "échange entre pairs".
Mouaip! Il y a bien eu la démonstration que je ne suis pas la seule à être fâchée, fâchée, par la manière cavalière dont on traite le travail des enseignants (et les enseignants eux même!), mais cela a surtout été un long monologue, avec de grands blancs, de notre inspectrice (qui ne savait rien de la demande de plainte de la hiérarchie à propos du courrier chelou).
Je pense que s'ils souhaitent réellement que nous échangions entre pairs il faut que nous soyons réellement entre pairs (et seulement entre pairs. Mais Oups, c'est dangereux ça!!! On pourrait s'organiser, non? En fait surement non. Râler un peu sur le coup mais s'organiser et se mobiliser... Pas sur. Bref!).
Heureusement il y a la sieste!
Oups! Avortée la sieste! Elle ne s'arrête qu'une ou deux fois par semaine, grand max, d'habitude. Et là c'est à grand renfort de coup de klaxon, que j'ai été la seule à entendre, qu'elle a annoncé son arrivée. La factrice. Qui avait deux colis et une lettre recommandée... Pour Arthur qui est en formation.
Ok.
Alors je suis allée à la médiathèque. Respiration.
Je suis rentrée vite parce que maman reprenait ses habitudes de venir manger à la maison le mercredi soir. Mais devait être de retour chez elle avant le couvre feu (le couvre feu!!!). A la maison Jérôme était venu pour soigner le lave vaisselle malade. Qui, tout compte fait, était guéri à son arrivée (Heu...).
Alors soirée sympa, conviviale et... Courte.
A 20 heures l'apéro n'était qu'un souvenir, le repas était terminé. Alors, avec Gilles, nous nous sommes installés au salon devant une série... Et c'était bien!
Olalala...
J-10 et rien (si, le sapin! Mais pas grâce à moi. J'ai oublié de le commander aux parents d'élèves, et quand nous sommes allés en ville mercredi (Suzanne avait besoin, dans l'instant, d'un pantalon) il n'y en avait plus que des petits (et Suzanne en voulait un gros). Merci Victor et Emma (et Gilles qu'ils ont décollé du canapé).) n'est prêt. Ni même prévu, en fait.
Nous savons seulement (depuis peu) que nous serons en petit comité le 24 décembre, avec Simon et Cynthia et Colette, mais sans Victor et Emma (chez les parents d'Emma). Et encore moins nombreux le 25. Simon et Cynthia festoyant chez les parents de Cynthia.
Je n'y suis pas pour les cadeaux non plus...
Et encore moins pour le repas.
Alors, s'il vous plait, donnez moi des idées!!!
Nous souviendrons nous de ce premier Noël sous le régime de la pandémie?
Le premier Noël en petit comité?
En 2050 j'aurai 83 ans...
Et le monde aura radicalement changé.
Il faut!
Même si pour le moment la direction prise n'est pas bonne.
Pas bonne du tout.
J'arrive à l'école à la nuit, je la quitte de même.
La classe est difficile, exigeante, conflictuelle.
L'école... J'enchaine les rendez vous délicats.
Alors j'ai dérapé dans le calendrier de l'avant., l'épisode 11 est passé à la trappe, le 12 est à coté de ses pompes. Tout comme moi. Qui me suis réveillée ce matin avec une migraine post stress (à 7h53 pourtant).
Mais vont-ils enfin me laisser tranquille?!!
Je n'arrive pas à trouver un coin calme!
Au salon, ils s'agitent, ils s'entassent, ils papotent, ils mangent.
Ils mangent?
D'habitude ils ne font pas ça au salon!
J'ai cherché un autre coin pour roupiller mais... C'est au salon qu'il y a la cheminée. Il y fait bien chaud.
L'entrée, où il y a le poêle, est squattée. Ils ont installé une table. Une autre en plus de celle de la cuisine.
Il n'y a pas moyen de faire un pas.
On dirait qu'ils vont manger ici aussi. C'est quoi ce délire? Est-ce que je mange tout au long du jour, moi? Ok, d'accord, mais plus discrètement, non?
Donc retour au salon.
Et ils ont essayé de me mettre dehors!
Les tortionnaires!!! Je voudrais les y voir (d'autant qu'ils n'ont pas de poils!)! A se cailler les pattes dans l'herbe gelée. Même les poules ne veulent pas sortir!
J'ai tenté de ronfler dans un lit.
Mais là aussi ils sont pris de délire!!!
Il y a des matelas et des couvertures partout. Ils font tout en démultiplié...
Je me suis trouvé un coin.
Mais rien à faire!!! Pas moyen d'être tranquille!!! Les plus petits de mes humains sont arrivés tout excités, les bras chargés. Et vas-y que je te crie dans les oreilles, vas-y qu'ils chantent, faux, qu'ils sautent partout!
J'ai filé discrètement...
Alors comme je n'arrivais pas à dormir j'ai voulu me distraire. Je suis retourné au salon, ils étaient à la cuisine. J'ai été très attiré par le truc vert plein de jeux brillants.
J'ai vérifié, personne pour me crier dessus dès que je m'approche. Par contre un bazar de papiers, en boule, c'est rigolo, cinq minutes à jouer comme si c'était vivant, de cartons, cool pour le cache cache!
Je suis arrivé jusqu'au machin. Je dis machin parce que c'est trop bizarre, d'habitude c'est dehors et ce n'est que vert. Là...
Je saute pour attraper la lumière qui clignote et...
Bardadoum! Tout m'est tombé dessus!
J'ai filé ventre à terre entre leurs jambes, ils sont toujours là où il ne faut pas!
Et j'ai accepté de sortir! Non, mais, au moins dehors les arbres ne dégringolent pas sur les honnêtes chats!
En y allant tranquille je suis sûr que les poules voudrons bien de moi...
Chants de Noël, clochettes et autres mélodies cristallines?
Ben... Ce n'est pas ma came.
Ce que j'aime entendre c'est le silence de la campagne sous la neige.
Le "croustillage" des pas dans l'herbe gelée.
Et les cris de joie des enfants qui jouent dans la neige.
Digne les bains, sur la Barre des Dourbes, décembre 1975 (ou 1974, ou 1976...).
Les quatre filles et le chien Titus.
Elle date de quelques bonnes dizaines d'années et il y a prescription.
Certains protagonistes ont même disparu...
J'étais la directrice d'une école maternelle de 4 classes dans un gros bourg de campagne et nous arrivions à la dernière semaine de classe du mois de décembre un peu harassés par des élèves à la fois excités par Noël approchant, fatigués par les semaines passées, jours courts et humides, froids et sombres, et malades, chacun leur tour, varicelle, rhino, otites et autres gastros.
L'école était rutilante et gaie sous les décors de Noël.
Dans les classes les sapins perdaient leurs aiguilles parfumées et nous avions calé le goûter de Noël du vendredi après midi. Chocolat chaud et visite du père Noël (j'avais recruté un employé communal à la retraite, il avait récupéré le costume. De ce coté pas d'embrouille (comme la fois où il avait fallu que j'en trouve un à deux heures du passage fatidique)). Tout avait été anticipé.
Le garde champêtre, factotum à ces heures perdues, avait amené, dans la matinée, les petits paquets de chocolats et, étant en classe, je lui avais demandé de les mettre dans mon bureau. J'avais précisé "sur les chaises".
Et ce "sur les chaises" avait son importance...
Mais il devait être fatigué, lui aussi. Et il a posé le carton sur le sol, juste à coté de la porte.
C'était pourtant lui qui gérait le chauffage...
Le chauffage.
Quand nous sommes arrivés dans le bureau (partagé, nous n'avions pas de salle des maîtres) nous avons été accueillis par une odeur écœurante de chocolat fondu. Et le carton commençait à suinter...
Heurk!
Et l'odeur est restée incrustée des mois, longtemps après que le garde champêtre soit revenu récupérer le carton poisseux puant.
Et les gamins ont reçus des paquets de chocolats préparés à la dernière minute par la supérette du village et amenés par la première adjointe en personne. Qui les a déposé, comme prévu, sur les chaises, loin du chauffage au sol.
Chaque matin une nouvelle aube, une nouvelle naissance du jour.
Janvier 2020:
Février 2020:
Mars 2020:
Avril 2020:
Mai 2020:
Juin 2020:
Juillet 2020:
Août 2020:
Septembre 2020:
Octobre 2020:
Novembre 2020:
Décembre 2020:
Avec une certaine récurrence...
Chaque matin, naissance d'une nouvelle journée.
De la constance dans la différence.
Les mêmes ingrédients, une nouvelle sauce chaque fois...
2020
Pour l'instant pas de sapin, d'autres préoccupations.
3 mois d'arrêt de travail: questions, coups de fils, papiers...
Et puis deux jours à recevoir des coups de fil de la clinique, recommandations, changement d'horaires.
Si Gilles avait voulu oublier qu'il y retourne ce matin (à jeun, en plus!) il n'aurait pas pu.
Moi c'est de l'accompagner que je ne peux pas. Je serai en classe. Victor s'en chargera.
De toute façon, covid oblige, il n'est plus question de rentrer dans la clinique pour les accompagnants.
Alors, sapin, plus tard.
Oui, parce que tous comptes faits Noël en famille il y aura sans doute, quand même, pour ceux qui le souhaitent...
C'est chouette, hein?